7ème partie Le taudis lumineux (2)

7ème partie

Le taudis lumineux  (n°2)

 

Percée sur les flancs de la Montagne Pelée en Martinique, la veillée de Pa Angel se termina abruptement. Le clair de lune disparu en laissant des nuages noirs gonflés dans le ciel. Des gouttes de pluies annoncèrent l’arrivée de l'averse.

Man Angel n’avait pas aimé la façon dont le vieil homme, monsieur Rabiot, avait regardé son Eugène. Et la nervosité des enfants rassemblés dans l'encoignure de la terrasse où s'était installé l'homme après la pause, l'avait troublée.

Son mari, Pa Angel,  avait pourtant tenu à saluer presque tous les invités de la veillée, puis, prétextant une toux, il tourna rapidement tourné le dos à son voisin lorsque celui-ci voulu lui dire faire ses adieux.

La grand-mère de Ti-Cœur déclara a ses invités Carbétiens et Pierrotins.

-         Pour celles et ceux qui viennent pour la première fois dans notre nouvelle habitation, mon petit-fils Ti-Cœur vous reconduira  une partie du chemin.

Ti-Cœur, peureux, regarda la végétation sombre autour de la maison.

-         Man, il pleut...

-         Regarde d’où vient le grain, lui dit la grand-mère en lui montrant l’horizon où planait un épais brouillard. Dans quelques  minutes, l'averse arrivera. Alors dépêche-toi de faire l’aller retour plus rapidement.

-         Merci Man Angel, et à bientôt, s’écrièrent les invités en prenant congé.

Cannelle Cokar s’extasia

-         C’était une superbe veillée, je me demande ce qui arrivera à Raoul Brodequin ?

-          J’ai hâte de connaître la suite, renchérit Valentin Lambrisque.

-         Vendredi prochain nous en saurons davantage, répliqua Ti-Cœur amusé.

Des papillons de nuit volaient autour des lampes. Les convives rayonnants s'en allaient. Ils redescendirent lentement les sillons escarpés des sentiers de la montagne Pelée, accompagné par Ti-Cœur. Au bout de cinq minutes, ils arrivèrent au bord de la route.

Ti-Cœur s’aperçut qu’il avait été trop loin lorsque Corentyne Vallier lui dit.

-          Parviendras-tu à retrouver le chemin du retour ? Lui demanda-t-elle inquiète. Entre les branches d'arbres, elle scrutait un rune lumière au loin dans la maison des Angel. 

-         Bien sûr, j'y arriverai. Il est vrai que c’est la première fois que je ferai le chemin inverse, la nuit, mais avec ma lampe de poche, il n’y aura pas de danger.

 Le garçon avait parcouru deux kilomètres de trop avec ses amis, il leur déclara.

-         Je vous laisse ici, continuez seuls.

-         Merci Ti-Cœur, on se retrouve en ville demain pour l’atelier de cuisine.

-         Oui, j’apporterai la nouvelle recette de Man Angel.

-         D'accord, et ne vous en faites pas !

Il leur montra le chemin à emprunter, et rebroussa chemin. Surpris de voir décroitre la luminosité, il constata que les piles défaillaient. 

Il vit une lumière venir vers son sentier. Ti-Cœur se cacha derrière un buisson. Il ne voulait pas se retrouver en face d’un brigand. 

Un homme qui ressemblait à Jules Rabiot, le dépassa. 

C’est bizarre, il n’a plus le dos courbé. Ti-Cœur était très surpris. Ti-Cœur l’avait vu se servir de sa canne et maintenant il se déplaçait sans support. La démarche de l’homme était plus souple et il avait replié et rangé sa canne.

Ti-Cœur le suivit jusqu’à son habitation. Il arriva devant une maison en ruine.

C’est pire que ce que disait Man Angel, pensa Ti-Cœur.

La façade se composait d’un pan de mur dégradé d’où sortaient des poutres pourries. Les volets des fenêtres à l’étage étaient décollés et ne tenaient qu’a un fil.

 Ti-Cœur se demandait comment elles pouvaient encore tenir. La cheminée du taudis était allumée. Il n’y avait aucune porte d’entrée.

L’homme passa par une allée et fit le tour de sa maison.

Soudain, l’homme s’agenouilla et rampa.  Il rentra chez lui par une par ouverture de cinquante centimètre.

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Ti-Cœur était surpris et effrayé en même temps. Comment un vieil homme peut-il se comporter comme cela ?

Une lumière orange s’alluma dans une pièce, puis une jaune dans au second étage, et une verte dans le passage étroit. Le taudis semblait lumineux.

Que signifiait ce festival de lumière ?

 Ti-Cœur décida de rentrer chez lui. L’averse tombait. Il marchait depuis un bon moment, quand il entendit des bruits de pas derrière lui.

Il s’arrêta et se retourna. Rien. Ti-Cœur essayait d’allumer sa lampe et la cognant dans sa main, elle clignotait. Il voyait le sentier par intermittence.

Il continua sa marche. Quelqu’un le suivait. Il se mit à courir, quand soudain une forme fit irruption devant lui, et le maintien par les épaules.

Ti-Cœur poussa un hurlement.

-         Arrête de crier, tu vas effrayer ta grand-mère ! D’où viens-tu comme cela ?

-         Ho Pa ! Tu m’as fait peur !

-         Je me suis perdu.

Pa Angel le protégea avec son parapluie et ils rentrèrent dans la maisonnette.

 

Le grand-père était rentré mécontent dans son habitation. Il tournait en rond dans son salon comme un lion en cage.

- Depuis des années que je conte mes veillées je n’ai jamais été aussi humilié. Disais-t-il à haute voix.

- Eugène, viens donc te coucher, s’écria Man Angel.

- Je dormirai à la belle étoile doudou, j’ai besoin de réfléchir.

Man Angel n’insista pas et lui donna une couverture. La dernière fois qu’elle l’avait trouvé dans cet état, s’était lorsqu’ils étaient menacés d’expulsion de leur maisonnette, en raison du testament de l’ancien propriétaire.


Quelques instants après, Ti-Cœur sortit de son lit, passa doucement devant la chambre de sa grand-mère qui venait de se coucher et rejoignit son grand-père sur la terrasse de la maison. Celui-ci installé dans son fauteuil à bascule, avait mis la couverture sur ses genoux.

-         Comment fiston, tu n’es pas couché ? Si ta grand-mère te surprend tu passeras un mauvais moment.

-         Pa. Je pensais à l’étrange voisin. Et je me posais des questions sur lui et sa maison...

-         Tu crois que je n'y pense pas aussi, coupa vivement le vieil homme.

-          Il connaissait ta veillée. Tu lui en avais parlé ?

-         Pas du tout ! Mais attends, un peu, dit Pa Angel en se déplaçant vers un petit bureau en bois qui se trouvait dans le salon. Il ouvrit un tiroir (...)

 

Suite la semaine prochaine

 

 

 

 

 

Comments