7ème partie L’écho inquiétant (n°1)

Veillée N°2 : L’incroyable commande de Raoul Brodequin pendant Vichy

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "


7ème partie

L’écho inquiétant  (n°1)

Les enfants écoutaient attentivement la veillée contée par Pa Angel. Celui-ci faisait de grands gestes pour montrer le choc  que Raoul avait subi lorsqu’il était prisonnier des lianes. Quelques enfants croquaient des cacahuètes, tandis que d’autres suçaient des morceaux de sucres de cannes.

Les nuages s’accumulaient dans le ciel effaçant le clair de lune.

Man Angel était revenue de sa maisonnette, avec quelques châles, qu’elle transmettait  aux femmes pour couvrir leurs progénitures. Situé en hauteur de la pente de la montagne Pelée, une fraicheur descendait de la montagne volcanique.

En sortant de son habitation pour rejoindre le lieu de la veillée, l’horloge murale venait de carillonner 21 heures.  Dans 20 minutes, elle allait devoir  interrompre la séance, car les plus jeunes enfants commençaient à bailler.

Pa Angel poursuivit la veillée.

« Allonger dans son lit, Raoul Brodequin reprenait ses esprits. Il faisait un cauchemar et se réveilla en sueur. Il avait eu la sensation d’écrasement et d’étouffement dans les laines laissées par Crinoline.

Comment une chatte pouvait-elle produire des fils multicolores sortis de ses mamelles ? C’était surréaliste.

Les fils de laine devenaient vivants et avaient resserré leurs liens autour de son corps pour l’ensevelir. Pourquoi ?

Est-ce le simple fait de les avoir coupés pour les ranger dans la maisonnette ?

Soudain, Raoul sentit un poids étrange sur ses jambes. Il voyait une forme se profiler sous les draps. Tétanisé, il souleva les étoffes et regarda ses pieds. Il sentit quelque chose d’invisible le chatouillait. Il se redressa rapidement et se mit debout.

Non, il n’y avait personne, cela n’était que des picotements. Il avait des hallucinations maintenant.


Pendant ce temps, dans le salon, ses parents, Inès Maslen  et sa tante Laurette Sidonie se trouvaient en grande conversation.

-        Nous devons retrouver notre chatte Crinoline. Déclara monsieur Brodequin.

-        Pourquoi ? S’étonna Inès Maslen.

-        Et pourquoi pas ? Dit Honorine.

-        Ha, je vois ! C’est l’appât du gain !

-        Qu’insinuez-vous ? Exigea Honorine estomaquée.

-        Tous les fils restants représentent un véritable trésor, pour vous en tant que cordonnier, lança Inès, désabusée.

-        L’animal doit être soigné, répondit Firmin tranquillement.

-        Voyons, ma petite, interrompit sa tante en essayant de la raisonner. Veuillez excuser sa maladresse, dit-elle gênée en regardant le couple.

-        Inès, ne vois-tu pas les dégâts causés par la chatte ? Sans attendre une réponse de sa nièce, madame Sidonie décida :

-        Nous rentrons chez nous.

-        A la bonne heure, pensa Honorine Brodequin.

-        Merci de votre accueil, je reviendrai dès demain matin avec les cartes marines de ma nièce et quelques produits pour les soins spécifiques.

-        A bientôt madame Sidonie.

-        Appelez-moi Laurette.

-        Et moi Honorine, ajouta la cordonnière.

-        Mais au fait, de quelle plante parlez-vous ?

-        Je suis herboriste. C’est mon passe-temps. Et je pourrais guérir. .

-        Non ! Ma chatte n’a pas besoin de cela, coupa Honorine.

-        Mais c’est pour votre garçon que je m’inquiète, révéla la femme, sure d’elle.

Le couple Brodequin  se regarda soucieux.

-        On verra cela, dit Firmin en hésitant.

-        Alors à demain.

Lorsque sa femme referma la porte sur les voisines, elle se tourna affolée vers son mari.

-        Comment la femme d’un croque-mort peut-elle guérir mon enfant, si ce n’est que pour le précipiter dans une tombe ?

-        Doudou, ne soit pas pessimiste.

-        Je ne la laisserai pas s'approcher de mon petit !

-        Alors nous garderons porte close, décida le cordonnier.

Raoul voulait en avoir le cœur net sur les produits et les effets de ceux-ci. La peur l’envahi. Il enfila ses chaussons et se rendit dans la cave de son père.

Au bout d’un moment, il mit la main sur les fioles. Il dévissa un flacon violet et eut la surprise de voir s’élever dans l’air une bulle violette, puis une autre.... 

-         une autre verte »

Pa Angel s’interrompit, car un des convives venait de donner la couleur de la deuxième bulle, avant lui.

Les enfants se retournèrent et le visage du voisin apparu.

Jules Rabiot griffonnait sur son calepin et leva les yeux en n’entendant plus pas Angel discuter.

-         Missié Rabiot, ou n’y un problème ? (1) Demanda Pa Angel troublé.

-         Euh, je suis désolé d’avoir parlé à votre place. Continuez mon ami.

-         Oh, cela n’est rien, répondit Pa Angel, en ne voulant pas froisser son hôte.

-         «  Raoul ouvrit un coffret long et il trouva.. »

-         Un couteau en argent, dit une voix derrière les enfants.

-         Un couteau en argent, répéta lentement Pa Angel.. avec un ruban noir, ajouta rapidement le conteur espérant surprendre Rabiot.

-         ..avec un ruban noir, dit l’homme dans un écho inquiétant. Étonnamment, il termina la phrase en même temps que lui.

S’en était trop !

Pa énervé demanda en créole.

-         Missié Rabiot. Ou lé continué veillé-la moins ?(2)

L’homme ne répondit pas, mais regardait fixement Pa Angel, d’un air mauvais, qui fit peur aux enfants.

Man Angel se leva en claquant des mains, ce qui fit sursauter vieil homme.

-         Bon, je crois qu’il se fait tard, Eugène. Et si on continuait cette veillée vendredi prochain ?

-         Oui ma douce, accepta son mari.

Pendant que les convives applaudirent la prestation de Pa Angel, et se levèrent pour saluer la famille, Ti-Cœur Angel remarqua :

-         Monsieur Rabiot noircit toujours dans son carnet.

-         Comment sait-il ce que ton grand-père va nous dire, avant lui ?

-         Je n’en sais pas plus que toi, et tu vois bien qu’il est étrange cet homme.

Cannelle Cokar s’approcha de Ti-Cœur.

-         Il me fait peur. Il baragouine dans son coin et répète parfois des phrases entières, puis il a dit le nom des flacons plus forts que tout le reste.

-         Donc ce n’est pas la première fois qu’il parle de ce que va raconter mon grand-père ?

-         Comment fait-il cela ? Demanda Valentin Lambrisque étonné ? C’est incroyable !

Ti-Cœur voulait lui répondre qu’il s’était bien transformé en marionnette et qu’il avait ensuite changé d’apparence ! (1)

Il sourit en observant son amie, Cannelle Cokar, qui pensait la même chose sur le passé de Valentin.

-         On dirait que monsieur Rabiot connait entièrement la veillée de Pa Angel, alors qu'il l'invente au fur et à mesure, ajouta Corentyne, en frissonnant.

 

(1)               Monsieur Rabiot. Vous avez un problème ?

(2)              Monsieur Rabiot. Vous voulez continuer ma veillée ?

(3)              Tome I : Ti-Cœur ANGEL et le Zombi du Carnaval Antillais

 Suite de la  7ème partie N°2, le dimanche 12 mai 13.

 

 

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