6ère partie L’étrange phénomène (N°2)


Veillée N°2 : L’incroyable commande de Raoul Brodequin pendant Vichy

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

6ème partie

L’étrange phénomène (N°2)

 

Inès Maslen s’approcha de sa tante Laurette Sidonie.

-                Ils sont bizarres les Brodequin, je les ai vus tirailler leur animal.

-                Je les ai aussi aidés, alors je vais tout t’expliquer.

Le tonnerre grondait, pendant que les invités s’installaient au le salon dans le canapé moelleux en forme de chausson.

L’averse tombait dans le jardin. Raoul fut intrigué par des éclats scintillants qui apparaissaient sur le bord de la fenêtre. Il se leva, se dirigea vers elle, et grimpa sur un tabouret pour mieux regarder dans la cour. Il assista à un spectacle incroyable.

Les fils qu’ils venaient de trier et d’aligner avec sa mère dans une partie du jardin, éclataient sous l’effet de l’eau.

Raoul mécontent de voir les fils, futurs produits de vente de son père, se disperser et disparaitre, ouvrit brusquement la porte d’entrée, et essaya de les récupérer.

– Venez m’aider ! S’écria l’enfant.

Inès Maslen accourut, et fut la plus rapide. Elle vit avec étonnement, que plusieurs pelotes imbibées d’eau de pluie, fondaient littéralement en laissant s’échapper une décoloration.

Raoul s’empara des fils, et les roula sous une bâche du jardin pour les protéger de l’averse qui redoublait. Il se mit à l’abri, en constatant une démangeaison sur sa peau. Les fils devenaient gros et des lianes surgissaient. Elles avaient déteints sur sa chemise qui rétrécissait.

Ses parents accoururent sur le perron du jardin. Des trombes d’eaux se déversaient en face d’eux. Ils aperçurent Raoul, qui tentait d’extraire les couleurs, dans l’eau de pluie. C’était peine perdu, celles-ci semblaient collées à sa peau.

La pluie redoubla de vigueur.

Soudain, Raoul s’écroula par terre. Inès accourut car elle ne le voyait plus. Il était accroupi sous un bloc de fils. Il essayait de se défaire des fils qui entouraient ses jambes.

-                Comment as-tu fais cela ?

-                Les fils m’ont attaqué !

-                Qu’est-ce que tu racontes ? Ils ne sont pas des êtres vivants.

-                Ils me serrent les jambes !

Inès n’en croyait pas ses yeux. Les fils de laine du jardin bougeaient. Certains disparaissaient sous le poids de l’eau de pluie, mais d’autres semblaient vigoureux. Les fils noirs et rouges résistaient.

-                Monsieur Brodequin, à l’aide ! S’écria la femme affolée, lorsqu’elle remarqua une pelote de laine grossir et débouler sur eux.

Les parents de Raoul accoururent, et découvrirent que des lianes recouvraient le corps de leur enfant, d’autres emprisonnaient ses pieds.

-                Mon dieu !

-                Honorine va vite chercher un couteau ! Hurla Firmin en accrochant des fils sur des clous enfoncés dans le mur en bois.

Laurette Sidonie décida de braver les intempéries et s’élança dans le rideau de pluie. Quelques bigoudis s’échappèrent de ses cheveux et s’élevèrent dans une bourrasque de vent. Elle essaya malgré son grand âge de maitriser des fils.

Honorine revint avec plusieurs couteaux et des paires de ciseaux qu’elle avait placés dans son tablier.

Inès coupa les laines qui entouraient le bras de l’enfant, et pendant que sa mère le tenait aux épaules en le tirant, son père sectionna les lianes durcies autour de ses chevilles. Puis, il le souleva, et tous retournèrent dans l’habitation. Ils croisèrent madame Sidonie qui n’avait guère eut le temps de faire quelques pas et l’aidèrent à rentre dans le foyer. Ils étaient trempés. Honorine chercha des serviettes et les donna à ses invités pour qu’ils puissent se sécher. Le père déposa Raoul dans le canapé du salon et le frictionna.

Puis, Honorine fit couler un bain. Ses chevilles avaient enflées, des marques rouges les entouraient.

Honorine soigna son fils qui se glissa dans l’eau chaude.

-                Cela va mieux mon petit ?

-                Oui.

-                Je retourne auprès des invités, appelle-moi si tu as besoin de moi.

-                D’accord maman, dit Raoul en se frottant avec une éponge pour enlever les couleurs incrustées sur le long de ses avant-bras.

Honorine Brodequin trouva ses invités assis dans le salon. La bouilloire sifflait dans la cuisine.

Firmin voulut se lever, mais elle l’arrêta.

-                Je m’occupe du service mon chéri.

Firmin déroula un planisphère des îles de la Caraïbe. Madame Sidonie observa les sillons de la carte topographique.

-                J’ai une grosse commande de chaussures à livrer prochainement. Dit Firmin en expliquant une seconde fois ses mésaventures pour la nièce de madame Sidonie.

-                Mon mari Jules Maslen pourra certainement vous aider, déclara la jeune femme.

Honorine sortit son service à thé, en porcelaine de Limoges. Les invités furent émerveillés de voir, que les tasses, le sucrier, et le pot à lait de madame Brodequin était composé de forme évoquant la cordonnerie.

C’est dans des tasses aux pieds en forme de talon qu’elle servit le thé de menthe. Elle plaça des morceaux de sucre de canne à l’apparence de chaussures, et de petits sacs, dans des soucoupes reconstitués de boîtes de cirage en porcelaine ornées de motifs floraux.

Elle découpa le gâteau avec un couteau à l’apparence de fraise à rainurer. Les tasses avaient des poignées en forme de clés.

Inès s’en amusa.

-                Ma tante vous invitera prochainement chez elle et vous serez surpris par son service à thé. Il se rapporte aussi au métier de mon oncle.

-                Ha ? Et que fait votre mari comme travail ?

-                Madame Sidonie semblait gênée.

-                Laissez-moi deviner ! Plombier ? Dentiste ?

-                Non, il est croque-mort.

Honorine et Firmin Brodequin se regardèrent, interloqués.

Raoul hurla.

Ses parents se précipitèrent à l’étage et remarquèrent avec effroi une plaque en caoutchouc incrustée dans ses pieds.

 

Suite de la  7ère partie N°2, le lundi 29 avril 13.



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