5ère partie Le coup du sort (N°2) L’engrenage

Veillée N°2 : L’incroyable commande de Raoul Brodequin pendant Vichy

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5ère partie

Le coup du sort (N°2)

L’engrenage

« Les Brodequin virent avec effarement, la chatte Crinoline miauler, lorsque soudain sortit rapidement de ses tétons, de longs fils blancs. Raoul observait une grosse boule blanchâtre, de deux mètres d’envergure, appuyée contre un prunier, de laquelle sortaient des fils qui circulaient dans l’allée du jardin.

- C'est une pelote de laine ? S’écria Raoul en enfonçant ses doigts entre les lacets. Il voulut les retirer quand subitement, il fut happé à l’intérieur.

Effrayé, son père Firmin batailla entre les fils qui se ressaieraient, et, au bout d’un moment, il le dégagea de là.

-        Ne t’avises plus à les toucher fiston ! Tu les coupes simplement.

-        Oui papa, dit le garçon apeuré.

-        Honorine ! Veux-tu m'apporter des ciseaux ?

Sa femme ne bougeait pas. Elle restait la tête baissée les deux mains chargées de laine qui progressait rapidement. Elle semblait tétanisée au fond du jardin.

Firmin décida d’agir seul. Il se déplaça rapidement vers sa cabane en forme de boîte de cirage circulaire, superposées. Il appuya trois fois sur un pavé, dissimulé derrière un large pot de fleurs. Les boites tournèrent quelques instants pour faire apparaitre une porte en métal. Firmin s'engouffra dans un escalier menant à l’étage, qui débouchait dans un atelier rempli d’outils de jardin, et un entrepôt contenant des gros œuvres de cordonnerie.

Il s'empara d’un étui, d'un sécateur et un large coutelas. Ensuite, il rejoignit rapidement son fils, lui donna le sécateur, et utilisa le coutelas aiguisé pour entailler les fils d'un téton de l’animal.

Crinoline fut soulagée quand il coupa le cordon. La chatte allongée sur le banc en tube, ne miaulait plus.

Raoul fractionna un autre cordon en s’y prenant à deux fois.

Crinoline ronronnait. Honorine s’approcha en soulevant un amas de fils.

-               Tu peux les relâcher maman, Crinoline est délivrée.

Sa mère regarda la chatte et ferma les yeux en soupirant, car de nouveaux fils plus épais apparaissaient.

-               D’où cela provient ? S’inquiéta Firmin.

-               Crinoline a mangé une partie de votre repas que j’avais posé devant la porte.

-               Tu es certaine de cela ?

-               Absolument, j’ai été vérifié dans sa cachette sous les escaliers. Il restait des miettes.

Firmin donna le coutelas à sa femme et ordonna.

-               Continue de couper les cordons, je reviens tout de suite.

La chatte se rebiffa et sortit ses griffes.

Alors, Firmin courut jusqu’à la maison en forme de chaussette, et fut surpris de trouver encore des fils devant la porte qui l’obstruaient. Le cordonnier décida de passer par la trappe anticyclone. Cette partie rejoignait la maison par une cloison.

Firmin se précipita vers son atelier de cordonnerie et attrapa la boite du chaman. Il prit la fiole que son fils avait ouverte, il ne vit pas de petit homme à l’intérieur, mais lu « Aller ». Il regarda à travers un autre flacon et rassuré lu « Retour ».

Il avait trouvé la solution !

Il décida de prendre aussi au hasard une fiole, en pensant qu’il fallait mieux se prémunir. Une  indiquait : « Annulation ».

Firmin se dirigea vers le jardin quand une voix familière l’interpella.

-        Monsieur Brodequin ?

Il se retourna et vit la tête en bigoudis de sa voisine, Laurette Sidonie, une septuagénaire, qui dépassait de la clôture.

- Comment se fait-il que vous ne puissiez entrer par votre porte ?

Non ! Il ne manquait plus qu’elle, pensa-t-il. Il avait envie de lui répondre :

-        En quoi cela vous regarde-t-il, madame la commère. Je n’ai aucun compte à vous rendre !

Il se contrôla et trouva une réponse appropriée.

-        Madame, Sidonie, euh... j’ai reçu une commande de fils et les rouleaux se sont déroulés dans mon jardin, mentît l’homme.

Soudain, elle brandit de longs fils de laine dans sa main fripée.

-        Que signifie cela ? Demanda-t-elle, en les lui montrant.

-        Où les avez-vous trouvés ?

-        Dans mon jardin, et devant mon garage. Pouvez-vous m’expliquer ce qui se passe exactement ?

Firmin ne savait que répondre. Il rétorqua énervé.

-        Qui vous a autorisé à prendre le matériel qui ne vous appartient pas ?

-        Oh ! Alors d’où proviennent ces laines bariolés qui sont en train de passer sous ma barrière ? Continua la femme offensée.

C’est un véritable engrenage ! L’animal ne va quand même pas muter ? Pensa Firmin déboussolé.

-        Excusez-moi Madame Sidonie, je dois régler un problème.

Il s’éloigna sans se douter que la curieuse voisine le suivait. Elle poussa difficilement la barrière de son jardin, sous laquelle circulaient des ficelles, et entra dans celui des Brodequin. Alors, elle suivit les fils colorés jusqu’au fond du potager des Brodequin où d’autres fils épais s’entrecroisaient.

Subitement, elle s’arrêta net en observant un spectacle épouvantable. De grosses pelotes de laine s’étaient formées, entre les arbres. Tandis qu'à l’intérieur des fils circulaient.

Honorine Brodequin se trouvait assise à côté de sa chatte, d’où sortaient de chaque téton gonflé, des fils de toutes sortes. Laurette voyait des fils blancs, noirs et les autres tétons laissaient échapper des fils aux couleurs de l’arc en ciel.

Honorine était en train d’essayer de réconforter Crinoline qui lui griffait les mains.

Firmin devisa le flacon « Retour »et laissa couler deux gouttes sur chaque tétons infestés de fils.

La chatte se mit en boule, arrêta de miauler et ne bougea plus.

-        Papa, tu l’as tué ! S’écria Raoul paniqué.

-        Non pas du tout, regarde !

Soudain, l’animal se redressa, puis se tourna sur le dos, pattes en l’air.

-        Prenez chacun une patte et tenez la bien ! Je dois verser davantage de produit pour inverser le phénomène.

-        Qu’est-il arrivé à cette pauvre chatte ? S’écria madame Sidonie ahurie. Vous êtes des monstres !

Elle essaya de prendre le chemin inverse, lorsque madame Brodequin la rattrapa :

-        Laurette, au lieu de nous blâmer, venez plutôt nous aider, supplia Honorine. Nous sommes victimes d’un terrible maléfice.

La voisine compatissante se ravisa.

Le père et le fils Brodequin maitrisèrent les pattes arrière de la chatte, tandis que les femmes prenaient les pattes avant.

Firmin versa délicatement la lotion sur les tétons. De la fumée blanche s’éleva. Les fils se sectionnèrent instinctivement.

Puis, Crinoline se redressa, et se sauva en laissant les bouts de laine coupés.

-        Crinoline revient ! Appela Raoul.

L’animal s’était enfuit.

-         Aidez-moi plutôt à couper ses fils pour les rembobiner, décida Honorine.

-        Ils ont l’air résistant, constata Raoul.

Pendant que son fils et sa femme s’activaient pour réutiliser les fils, Firmin s’approcha de la voisine, encore sous le choc de l’évènement qu’elle venait de vivre.

-        J’écoute vos explications, exigea madame Sidonie.

Firmin se voyait dans l’obligation de la mettre dans la confidence.

-        Honorine, je vais accompagner madame Sidonie, lui proposer une collation et m’entretenir avec elle sur ce qui nous nous est arrivé.

-        Oui, tu trouveras dans la cuisine du jus de goyave dans le frigidaire et des gâteaux sec que j'ai préparé.

Après avoir contourné des boules de belotes dans l’allée, ils entrèrent dans la maison et s’installèrent dans le canapé du salon en forme de chausson.

Alors, Firmin lui révéla sa rencontre avec  le chaman. Puis, les consignes qu’il avait reçues.

-        Je connais cette île, Elfimaur. Ce nom me dit quelque chose, dit la femme.

Il lui raconta le contrat entre lui et l’étrange chaman.

-        Les savates que vous avez commencées, ne seront pas assez solides. Je crois que les fils qui viennent de surgirent devront les compléter.

Grâce à l’expérience de madame Sidonie, ses précieuses informations allaient lui permettre d’honorer son contrat avec l’étrange chaman.

-        Les vies de plusieurs personnes dépendent de moi, indiqua Firmin.

-        Elfimaur ! Je me souviens maintenant, déclara madame Sidonie. J’ai entendu dire que l’ile est maudite ! S’écria la femme, en faisant sursauter Firmin. »


 Partie N°6, le vendredi 29 mars 2013.