5ère partie. Le coup du sort (N°1)

Veillée N°2 : L’incroyable commande de Raoul Brodequin pendant Vichy

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

5ère partie

Le coup du sort (N°1)


La veillée de Pa Angel se poursuivait sur la pente du volcan de la Montagne Pelée, dans l’île de la Martinique, tandis qu’au loin, on entendait gronder l’orage.

-         « Papa, allons voir dans le jardin, dit Raoul Brodequin, maman y est peut-être ?

-         Tu as raison fiston, dit son père en ouvrant la porte arrière de leur maison en forme de chaussette.

-         Les Brodequin possédaient un petit jardin où....»

 

-         Comme toi Man Angel ! L'interrompit Ti-Cœur Angel, sous les regards étonnés des convives.

 

-         Oh ! Pardon, ajouta le garçon désolé.

La grand-mère de Ti-Cœur sourit, et son grand-père annonça :

-         C’est le moment de la pause !

Les enfants se levèrent pour se dégourdir les jambes.

Man Angel profita de cet arrêt provisoire pour demander :

-         Ti-Cœur, veux-tu aller dans la cuisine prendre dans le réfrigérateur les bouteilles de jus de goyave et de prune de Cythère ?

-         Oui man.

Il observa avec méfiance la maison déserte aux lumières éteintes.

-         Je viens avec toi, proposa son ami Valentin Lambrisque, qui avait vu l’hésitation de Ti-Cœur.

-         Dans ce cas, ramène aussi les sacs de nourriture qui se trouvent dans le garde-manger.

-         Oui madame Angel, répondit le garçon.

Sur le trajet, Valentin lui fit une remarque :

-         Ti-Cœur, tu as la frousse de rentrer dans ta propre maison ?

-         Non, ce n’est pas cela mais...

-         Mais quoi ?

-         Depuis que je suis retourné de chez Hongres, j’ai une étrange sensation (…) Cf. Tome 4 (1)

 

Pendant ce temps-là, Pa Angel prit le verre d’eau froide que lui tendait sa femme.

Man Angel vit avec un certain malaise, un convive arrivé le dernier à la veillée. La femme se demandait qui l’avait invité, et surtout comment le vieil homme qu’elle ne connaissait pas, avait-il pu gravir les pentes pour venir jusqu’ici, avec sa canne et son dos vouté.

 

Le vieil homme au dos courbé, et aux cheveux épars sur un crâne dégarni, s’approcha du conteur et le complimenta :

-         Monsieur Angel, cette veillée est parfaite !

-         Merci, à qui ai-je l’honneur ?

-         Je suis votre voisin, Jules Rabiot. Vous voyez la maison qui se trouve au sentier gauche de la voie centrale, et qui rejoint la route principale.

-         Je vois, dit Pa Angel, qui en fait n’en avait aucune idée, tout en se grattant la petite barbe qu’il laissait  pousser.

-          J’invite votre agréable famille et vous-même, dans mon domaine du Beau Calvaire Cendré, pour entendre votre prochaine veillée. Accepterez-vous d’y participer ?

-         Avec grand plaisir, répondit Pa Angel, alors que Man Angel ouvrait de grands yeux,  laissant tomber une assiette de cacahuètes.

Puis, l’homme demanda.

-         Madame Angel, m’autorisez-vous à utiliser vos toilettes.

Man Angel eut un haut le cœur, en le regardant, puis se força à sourire et acquiesça de la tête. Mon petit-fils Ti-Cœur est dans la maison, il va vous y conduire.

-         Merci gente dame, dit homme avec une pointe d’ironie, que Ma Angel n’aimait guère.

Puis, elle fonça vers son mari et lui demanda de venir discuter à l’écart des invités.

-         Sais-tu qui est cet homme ?

-         Notre voisin.

-         Un voisin, qui n’a pas de maison. Cela n’est pas le Beau Calvaire, mais un cabanon en ruine, sans fondations, rien.

-         Cela ne peut que m’encourager d’accepter, ma douce doudou, répondit tranquillement Pa Angel, j’aime conter dans des lieux originaux.

-         Pourquoi ne me demandes-tu jamais mon avis avant de partir raconter tes veillées ailleurs, lui reprocha-t-elle. De plus, j’ai entendu dire qu’il n’était pas très saint ce vieil homme. Alors, tu iras conter sans Ti-Cœur et moi !

-         Comment pourrais-je narrer mes veillées sans tes délictueuses  tartes qui me donnent tant d’énergie ? Formula Pa Angel en attrapant une part de tarte à la rhubarbe qu’un enfant servait aux convives.

-         Bobard sur bobard, conclut Man Angel, agacée, qui retourna auprès de ses invités.

Pa Angel savait que d’ici là, il devrait la convaincre de l’accompagner et qu’elle serait à ses côtés, lors de la prochaine veillée.

Les jeunes amies discutaient de la veillée.

-         Cannelle Cokar demanda à Corentyne Clèves Vallier. Et si on pariait sur l’histoire ?

-         Parier sur quel moment de la veillée ? Et qu’est-ce que la perdante réalisera à la place de l’autre ?

-         Parier sur la mère de Raoul. Moi je dis qu’elle ne va pas être retrouvée rapidement. Et si je perds, tu devras coudre mes doublures à ma place.

-         Ok ! Je te signale que tu perds souvent en pariant avec moi.

-         Je sais, approuva la chabine en trépignant.

-         Moi je parie que la mère de Raoul sera bientôt retrouvée. J’ai trois doublures de retard à l’atelier, cela va me soulager, dit Corentyne ravie.

-         C’est d’accord, dit Cannelle qui espérait gagner, car elle qui n’aimait pas coudre les doublures et préférait réaliser immédiatement l’ouvrage.

Dans la cuisine des Angel, l’apprenti Ti-Cœur referma le frigidaire avec des boisons en main, tandis que son ami Valentin Lambrisque, sortit la tête du garde-manger avec des sacs. Ils sursautèrent en même temps en découvrant un vieil homme au milieu de la cuisine qui leur demanda en souriant :

-         Où sont les toilettes ? Une rangée de dents en or garnissait sa dentition, et une dent rouge brillait  sur le côté droit de sa bouche. 

-         Ils sont là, là-bas, répondit timidement Ti-Cœur en regardant Lambrisque terrorisé lui aussi.

En entendant Pa Angel frapper dans ses mains, annonçant la fin de la pause, les garçons sortirent en courant de la maisonnette.

-         Tu as eu peur du vieux monsieur, bafouilla Ti-Cœur à Lambrisque soulagé.

-         Oui, car je connais l’histoire de sa triste famille.

-         Chut ! La veillée continue ! Annonça Cannelle en dégustant une part de tarte à l'ananas.

 

-          Y-é-Cric ! Cria Pa Angel en se frottant les mains.

-          Y-é-Crac ! Répondirent les invités.

Puis il continua en créole :

-          Zot lé save ça qui ka passé ?

-          Oui Pa ! Crièrent les enfants ravis.

 

-         « Allons vite voir dans le jardin, décida Firmin Brodequin.

Ils retrouvèrent Honorine Brodequin venant vers eux en étant désemparée, portant à bout de bras de nombreux fils. »

-         Tu as perdu ! Dit Corentyne en mettant son pousse en direction du sol.

-         Je n’ai pas eu de chance, dit Cannelle déçue.

Puis, elles continuèrent d’écouter la veillée.

-         « Qu’est-ce qu’il y a maman ? Demanda Raoul inquiet.

-         D’où viennent tous ces fils ?

-         Elle est très malade.

-         Qui ?

-         La chatte.

-         Il y a eu un terrible coup du sort, ajouta la femme en tremblant.

-         Que veux-tu dire, maman ? Demanda Raoul.

-         Reste près de moi.

-         Son père partit vers l’endroit, et Raoul, curieux de comprendre le suivit au lieu d’aller avec sa mère.

 

Ils coururent dans le jardin en suivant les fils et arrivèrent sur un fauteuil en forme de tube écrasé, pour découvrir une chose incroyable. Au lieu du lait qui lui permettait d’allaiter ses petits, sous le ventre de la chatte Crinoline sortaient des longueurs de lacets entremêlés.

-         Papa, c’est quoi cela ?

-    Qu’est-ce que cette diablerie ? S’écria Firmin en faisant le signe de croix, suivit par Raoul qui effrayé en faisait une dizaine. »

 

Cf. Tome 4 (1) Tome IV : Ti-Cœur ANGEL et les Alizés d’Argent des Caraïbes.

Suite le vendredi 1 mars 13 : Le coup du sort (N°2)