4ème partie. L’étrange chaman (N°2)

Veillée N°2 : L’incroyable commande de Raoul Brodequin pendant Vichy

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

 

4ère partie

L’étrange chaman (N°2)

 

Raoul Brodequin ne pouvait pas laisser son père dans la tourmente. Il lui fit part de son idée.
           
            -         Dis papa,
si on faisait des savates ?

            -         Qu’est-ce que tu racontes ?

Firmin dévisagea son fils, puis son matériel, et soudain se précipita vers lui pour l’embrasser.

              -         C'est formidable ! Tu as trouvé la solution fiston ! C’est la moins couteuse et on pourra réaliser de belles savates !

             -         Préparons le matériel : de la colle, semelles, des patins et des plaques.

             -         Et aussi des tampons !

             -         Oui, je fais utiliser ma machine.

-         Il n’y a pas de lacets, pas de cirage, ni d’embauchoirs !

-         Essayons de voir en combien de temps, on produira un exemplaire.

-         Je m’occupe des deux brides en Y, papa.

-         Pour la taille, fait passer l’extrémité entre les premiers orteils des pieds du mannequin.

Firmin Brodequin farfouilla dans un vieux carton et trouva divers flacons.

-         C’est le seul colis qui est revenu de l’expédition qu’il m’avait fait envoyer. Les marins sont morts en mer, et le bateau n’a jamais été retrouvé.

-         Et ton ami ?

-         Il est mort. Je ne l’ai plus revu. C’était périlleux à entreprendre. Je n’ai jamais voulu ouvrir ce paquet, mais puisqu’il veut que je travaille pour lui, ouvrons le !

     Firmin débloqua le cadenas et fut surprit d’y trouver une autre boite.

-         On dirait la boite d’un couturier ?

-         Oui et elle est fermée par une sorte de fermeture éclair en fer, remarqua l’enfant enthousiaste.

-         Il me semble que maman a vaguement parlé de 365 boites de boutons, et de fermetures éclaires ?

-         Tu ne te trouvais pas dans la pièce quand elle a abordé ce sujet. Tu écoutes aux portes ?

Raoul se trouva penaud.

-         Comment vas-tu l’ouvrir ? Demanda-t-il en changeant de conversation.

-         Il me faut ma trousse à outils !

 

Firmin Brodequin remonta dans le talon de la maison en forme de chaussure. Le haut formait une longue chaussette enroulée jusqu’au toit.

On dirait qu’il y a quelque chose à l’intérieur de la fiole, pensa Raoul en découvrant l’ombre d’une forme en miniature. Il fut surprit d’apercevoir une sorte de tête surmontée d’un corps plus large. Il avait remarqué sur ses petits bras des signes bizarres.

-         On dirait un petit homme !

Effrayé, il lâcha le flacon qui tomba sur les peaux dédiés aux semelles.

Le liquide jaillit et plusieurs gouttes s’écrasèrent sur sa main. Le reste du flacon se renversa et embauma la pièce, jusqu’à l’instant où son père revint.

-         Soit plus prudent mon fils ! Qu’est-ce que cette odeur ?

Une senteur herbacée s'éleva dans l’atelier.

Honorine déposa des plats copieux sur deux plateaux, avec un mot : je veux que vous les mangiez !

L’enfant en prit un, souleva l’autre et fit tomber deux gouttes dans le plat resté sur une boite à chaussure. Je n’ai pas faim, dit le père, qui s’essuyait les mains. Ferme la porte et mange ton plateau, et laisse le mien. Je ne prendrai qu’un fruit.

Raoul, referma rapidement  le couvercle du deuxième plat et regarda son père.

-         Qu’as-tu ?

-         Il y avait quelque chose d’étrange dans la fiole.

-         Quoi donc ?

-         J’ai vu un petit homme avec des signes sur les mains.

-         Quoi ? Tu as entendu une conversation avec ta mère et t’imagine des choses.  

-         En parlant de mains, tu t’es lavé les mains ? Ajouta le père mécontent.

-         Non papa.  

-         Alors fait-le tout de suite ! Ronchonna l’homme qui pensa malgré tout à l’étrange chaman qu’il avait rencontré.

 

Quelques instants après, tous les deux, se sentirent en pleine forme.

Son fils manga un gratin de christophines, accompagné de morceaux de poulet. Puis, ils commencèrent à s’agiter dans l’atelier. Raoul suivait son père et c’est en cadence qu’ils travaillaient.

 

Honorine descendit dans le talon de la maison, et les appela plusieurs fois pour faire des pauses. Ils refusèrent. Puis, elle revient l’après-midi. Le père entrouvrit la porte en lui disant.

-         Ma chérie, nous avons beaucoup de travail et tu en auras la surprise de voir  que nous avons relevé un défi.

Honorine tambourina à la porte.

-          Firmin, tu n’as peut être pas faim, mais mon fils oui !

-         Maman, ne t’en fait pas, dit l’enfant. On travaille dur papa et moi.

L’enfant referma aussitôt la porte.

Firmin acquiesça. Puis, comme entrainé dans une douce folie, le père et le fils continuèrent à faire des savates en cadence.

Honorine les appela souvent pour venir manger. Ils ratèrent le repas du gouter de l’après-midi et celui du soir.

La mère de famille n’avait pas dit son dernier mot.

- Alors, je dépose le repas au pied de la porte. Et quand je reviendrais dans une heure, je ne veux rien trouver !

 

Crinoline, la chatte noire de la famille s’étaient faite discrète ces jours-ci. Elle passait le plus clair de son temps à marquer son  territoire et à se bagarrer dans les cours des voisins. En sentant l’odeur des plateaux repas, la chatte tachetée de deux touffes de poils blancs sur la tête,  sortit d’un recoin de la maison chaussette qu’elle affectionnait bien.

Dans les escaliers se trouvaient diverses niches. Elle en occupait une, munie d'une couverture. Elle se faufila à l’arrière de l’escalier pour ressortir devant la porte de l’atelier. La chatte souleva rapidement les plats et se mit à déguster les plateaux. Puis, elle prit un gros morceau de poulet et couru l'apporter dans sa niche. 

Puis elle revient, s'empara de la serviette, et l’amena dans la niche de l’escalier.

 

En attendant son fils et son mari, Honorine commença à tricoter, puis, elle s’assoupit dans un fauteuil du salon. 

Un miaulement rauque, la réveilla en sursaut.

-         Crinoline ? Toi aussi tu n’as rien mangé, dit la femme en regardant l'animal.

Elle miaula de nouveau.

-         Qu’est-ce que tu as ?

La chatte semblait mal en point.

-         Tu as mal quelque part ?

Honorine la coucha sur le ventre et vit un phénomène effrayant ce produire. 


A 21 heures, Firmin, voyant qu’il ne restait plus d’huile dans la lampe à pétrole s’arrêta. Il découvrit son fils somnolant au fond de l’atelier.

-         Oh ! Qu’ai-je fait ? Fiston ! Il le secoua pour le réveiller.

-         Oui Pa.

-         Vient vite. On va manger et aller nous coucher.

-         On en a fait combien ?

-         On a fabriqué cinquante-trois paires de savates ! Dit-il fièrement.

Ils quittèrent le talon de la maison, en emportant les chaussures dans des sacs de jute. Ils refermèrent la trappe de leur nouveau travail, et vinrent dans le salon, où ils pensèrent trouver Honorine.

-         Elle est certainement allée se coucher, dit le père. Je vais vérifier à l’étage.

Il trouva le lit vide.

Inquiet, il retourna rapidement vers son fils.

-         Papa où est maman ? Demanda Raoul intrigué en ramassant par terre l’ouvrage qu’elle tricotait pendant la journée. (...)


 

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