Veillée N°2 de Pa Angel 2ère partie - 365 ! Suite


Veillée N°2 : L’incroyable commande de Raoul Brodequin pendant Vichy

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

 

             2ère partie Suite

 

365 !

 

 

-          «  Firmin, comment peux-tu être responsable de la vie de toutes ces personnes ? S’étonna Honorine Brodequin.

Firmin, effondré dans un fauteuil en forme de chausse-pied qu’il avait confectionné lui-même, lisait plusieurs passages de la missive. »

 

-          Ce n’est pas vrai Pa, dit Ti-Cœur Angel, qui soudain, interrompit la veillée qui se déroulait au " Au Berceau de Moïse", la nouvelle maisonnette des Angel.

 

-          Chut ! Répliquèrent les convives.

-          Qu’est-ce qui te prend ? Questionna Cannelle Cokar en secouant ses couettes au bout desquelles pendaient des nœuds roses.

-          Saperlipopette, qu’est ce qui n’est pas vrai ? Demanda Pa intrigué.

-          Ben, si tu vas dans son atelier, tu verras que tu fais des meubles de ce type.

-          C’est tendances, et alors ? Répondit Valentin Lambrisque.

Suzie Sinter, et Louise Mouitel pouffèrent.

-          Tu veux être conteur Ti-Cœur ? Riposta Man Angel, tandis que Pa Angel le regardait avec ses yeux rieurs.

-          Ti-Cœur, ou lé place moins ? Gronda-t-il en créole, tout en lui montrant sa place dans le cercle entouré d’invités.

-          Non Pa, je n’ai pas l’art d’un conteur.

-          Alors quand viendra la grande soirée des conteurs charmeurs, tu pourras t’y présenter. Mais pour l’instant, c’est mon tour ! Dit Pa Angel en tournoyant tout en regardant son auditoire.

-           Ah ah ah ah ! Y-é-Cric ! Cria Pa Angel.

-          Hoooo ! Y-é-Crac ! Crièrent les convives en sursautant.

-          Ah ah ah ah ! Récria le conteur en affolant la petite Pétunia Brayas qui se cachait le visage.

Pa Angel continua son récit.

-          « Il y a un an et demi de cela, un client qui ouvrait une nouvelle boutique dans l’ile de la Dominique, m’a demandé de lui rendre service, en lui transportant une cargaison de matériel de cordonnier. J’ai accepté. Mais, il m’avait précisé que la douane ne devait pas fouiller à l’intérieur. Je lui devais bien cela car il m’avait sauvé la vie.

-          Je me souviens du jour où tu es arrivé blessé, avec une chaussure en moins, s’écria la femme du cordonnier.

-          Oui, en effet, et je t’avais dit qu’une averse de pluie m’avait surpris et que je m’étais réfugié sur une bute.

-          Donc est-ce le jour où la rivière est sortie de son lit et que tu avais failli te noyer ?

-          En effet. Il m'a sauvé de ce périple. On a discuté un bon moment, puis je lui ai demandé ce que je pouvais faire pour lui, en retour.

-          Il m’a répondu deux semaines au plus tard, que je devais transporter  son matériel dans  l’île de la Dominique chez un certain collègue.  Alors, j'ai demandé à un ami marin qui avait accepté la cargaison du matériel  de transporter les colis. Il connaissait très bien l'île de la Dominique, et je lui ai donné l' l'adresse de monsieur Guedre. Malheureusement, après le passage de la tempête, les chaussures ont disparu et mon ami aussi.

- C'est triste cela.

-  Je ne pouvais pas le lui dire puis ce que je n’avais pas de moyen de le contacter. J’avais même oublié cette affaire et voilà qu’il me sollicite.

Un silence se fit.

-          Il vient rechercher ce matériel que je n’ai plus, dit fébrilement Firmin.

-          Mais rien ne l’indique dans ce document.

-          Si, car à travers cette lettre, je crois qu’on me réclame la cargaison que je ne possède plus.

-          Et qui te les réclame ? Demanda Honorine.

-         Une certaine madame Chausson. Elle est liée à lui car elle écrit: "Souvenez vous de votre promesse. Il est l'heure de la tenir.  Les 365 chaussures sont des vies humaines !"

- Donc, c’est lui qui agit!

- Il était comment?

- Il était grand, costaux et ressemblait à un forcené sortit du bagne. Ses yeux noirs, fuyants, m’effrayaient un peu et en disaient long sur lui. Il portait une sorte de cape verdâtre et son visage était cependant assez terne. Lorsqu’il m’a sorti des eaux boueuse, j’ai senti son haleine de menthe forte.

-          C’était une sorte de chaman, dit sa femme.

-          Un chaman ?

Il réfléchissait rapidement.

-              C'est peut être possible, car je le crois car il m’a signifié que je ne lui faisais pas confiance.

-          Je lui ai dit que j’avais du mal. Alors il a ajouté, pas encore. Mais cela viendra bientôt. Puis, il s’est levé et m’a dit qu’il me contacterait bientôt pour effectuer la promesse que je lui avais faite.     

-          Mais, toujours est-il qu’il faut effectuer la commande. On risque gros dans cette affaire, dit Honorine en tremblant.

-          Tu ne pourras pas sauver toutes les personnes, constata Raoul, dépité.

-          Raoul mon enfant, j’ai dû m’engager dans des combats contre l’ennemi de la France. Et j’ai voyagé en tant que soldat dans la lointaine Afrique. Dans le désert de Libye, pris dans une tempête de sable, alors que notre équipage de soldats manquait de vivres et se faisait lourdement bombardé par l’armée ennemie allemande, j’ai été blessé par une grenade et je suis resté sous une voiture pendant plusieurs jours. Le soleil brulant m’arrachait la peau et ma blessure à la jambe s’aggravait. Des bêtes commençaient à l’attaquer.

Le deuxième jour, j’étais comme à l’agonie. Et des soldats alliés m’ont sauvé.

 

Raoul était fier de son père.

-          Comment vas-tu faire pour livrer la commande ? Redemanda Honorine.

-          Donc, ce n’est pas maintenant que je vais baisser les bras, dit soudain le cordonnier revigoré, qui avait un plan d’attaque. »

 

 


 

 

 

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