2ère partie - 365 !

Veillée N°2 : L’incroyable commande de Raoul Brodequin pendant Vichy

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "


                                                                                   2ère partie

365 !



Ti-Cœur et ses amis se retrouvèrent autour d’un feu de bois pour écouter attentivement la nouvelle veillée du vendredi de Pa Angel.

-   Y-é-Cric !

Pa Angel, enleva son grand chapeau et activa le feu. Puis, il poussa un long cri prolongé :

-   Y-é-Cric !

  Les enfants, installés sur des bancs au fond du jardin, répondirent par :

-   Y-é-Crac !...

-    Alors ti mamaille (1), vous voulez entendre votre veillée du vendredi soir ?

-    Oui ! Monsieur Angel. On veut entendre les aventures de Raoul Brodequin, les cordonniers !

-    Alors écoutez bien ce qui va se passer !

 

Ainsi, sous un ciel sillonné d’étoiles, debout près du feu qui crépitait, Pa Angel commença son récit.

 

« Nos cordonniers vivaient dans une Martinique partagée en deux tout comme la France. Certains martiniquais collaboraient avec les nazis et effectuaient les règlements de la France vichyssoise, tandis que l’autre partie, s'organisait et développait la résistance avec le général de Gaulle et Jean Moulin.

Pétain représenté par l’Amiral Robert, collaborait avec les nazis.

 Pa Angel discutait avec exubérance.


« Un dimanche matin, toute la famille Brodequin sortit de leur maison en forme d'une chaussure et d’une longue chaussette, pour assister à la messe.

En refermant la grille d’entrée, ils remarquèrent une lettre rouge dépassant leur boite aux lettres.

- Comment se fait-il que le facteur travail un dimanche ? S’étonna Honorine.

- Pourtant, j’ai relevé le courrier hier matin, confirma Firmin, son mari. Et cette lettre ne s’y trouvait pas. 


Les américains placèrent un blocus dans l’île de la Martinique pour contrer les allemands et surtout ceux qui collaboraient avec eux. Donc les soldats réquisitionnèrent tout. Le courrier avait aussi du mal à être distribué.

Intrigué, Firmin ouvrit la boite, et prit une lettre épaisse qui ne portait pas le nom de l’expéditeur.

Une inscription « commande urgente », reproduite plusieurs fois recouvrait les deux faces de l’enveloppe.

 

Raoul prit le coupe-papier dans le tiroir du petit bureau de sa mère, qui gérait les commandes, et le tendit à son père.

- Attends fiston, dit-t-il en enlevant sa veste. Il transpirait à grosses gouttes, et dut s’éponger le front, en desserrant sa cravate.

Ensuite, il ouvrit délicatement le pli.

 

Ils découvrirent des dizaines de pages, remplies de différents croquis de paires de chaussures, de toutes les couleurs.

Une longue liste se déroula sous leurs yeux.

- De qui provient ce courrier ? Demanda Honorine.

- Euh ! C’est de madame Chausson. Répondit Firmin, angoissé.

- C’est une plaisanterie ?

- On s’appelle bien Brodequin, intervient Raoul.

 

Ses parents sourirent.

Honorine vérifia immédiatement son livret de commande.

- Je n’ai aucun nom de ce genre, remarqua-t-elle. Que veut- elle ?

 

Soudain, Firmin de plus en plus mal à l’aise, se jeta dans son fauteuil, puis répondit dans un souffle.

- 365 ! Cette commande doit être honorée, bafouilla Firmin Brodequin.

- 365 quoi ? Demanda Raoul.

- Cela doit être le numéro de la commande, dit Madame Brodequin en la cherchant dans une liste.

- Mais non, c’est inscrit 365 paires de chaussures neuves livrables dans dix jours ! Déclara Raoul en relisant le document.

- Quoi ? C’est impossible, il doit y avoir erreur.

- Papa, comment peut tu faire toutes ces chaussures en si peu de temps ? Questionna leur fils.

Firmin Brodequin avait le visage grave.

- Et si tu ne le fais pas ? Continua sa femme.

- Alors, je serai responsable de la vie de 365 personnes. Dit-il sinistrement.

 

Honorine et Raoul, ébahis, ne comprenaient rien, et observaient Firmin, décontenancés. »

 


(1) « Ti mamaille » : mes petits enfants