Veillée N°2 de Pa Angel : L’incroyable commande de Raoul Brodequin pendant Vichy

Veillées d’Eugène ANGEL dit Pa ANGEL

 

 Veillée N°2 : L’incroyable commande de Raoul Brodequin pendant Vichy

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

 

Chapitre N°1 – Les convives enchantés

 

 

1ère partie -

 

Dans le ciel de Saint-Pierre en Martinique, les étoiles s’instillaient. La veillée du vendredi soir allait bientôt commencer. Après avoir marché environ une bonne demi-heure, sur les pentes de la montagne pelée, les Pierrotins et Pierrotines voisins des Angel, ainsi que quelques amis Carbétiens arrivèrent joyeusement au lieu du rendez-vous donné par Ti-Cœur.

Celui-ci les attendait avec un panier chargé.

-   Salut les amis ! Lança-t-il gaiement.

Cannelle Cokar et Valentin Lambrisque s’approchèrent.

-   On peut t’aider ? Proposa Valentin.

-  Je veux bien, prenez ces deux sacs.

- Ils sont lourds, que contiennent-ils ? Demanda Corentyne Vallier de Clèves.

- Ce sont des bouteilles de jus de goyave et de corossol, des friandises, et des(1) zacaris que j'ai acheté au marché de Saint-Pierre.

-   Où est ton grand-père ?

-   Il est avec Man Angel. Ils préparent la veillée dans notre nouvelle maison.

-   J’ai mal aux pieds, se plaignit Suzie Sinter, soutenue par son amie Louise Mouitel.

-   Quelle idée de mettre des chaussures à talon ! S’exclama Corentyne Vallier, en regardant les pieds de sa copine.

-   Je pensais qu’on allait dans un coin civilisé ! Riposta la jeune couturière agacée par les remarques acerbes qui lui étaient adressées.

-   Ce n’est pas sympa pour la famille Angel qui nous reçoit, déclara Cannelle Cokar.

-   Tu es sûre qu’elle était conviée ? S'informa Corentyne.

-   Laissez tomber ! Proféra Ti-Cœur amusé.

-   C’est encore loin ? Demanda Pétunia Brayas, la plus jeune couturière des Petites Mains.

-   On est bientôt arrivé. C’est de ce côté, annonça Ti-Cœur avec bonhomie, en leur montrant le chemin.


Les invités empruntèrent un sentier délimité par deux immenses arbres du voyageur aux larges feuilles déployées en éventail, comme de majestueuses queues de paons.

Quelques lampes-tempêtes à pétrole, fixées aux cloisons sur des crochets de bois, éclairaient leurs pas.

Accompagnés par les chants des grillons, ils longèrent le jardin d’ornement rempli de bougainvilliers, d’anthuriums, de jacinthes et d'hibiscus. Les parfums des fleurs embaumaient la nuit.

- Cela sent bon ! Dit Cannelle.


Au bout d’un moment, environné par les croassements des grenouilles, ils entendirent un long.

-   Y-é-Cric !

-   Y-é-Crac ! Répondirent les convives radieux.

Au début de l’année, Pa Angel avait entrepris un chantier sur les hauteurs de Saint-Pierre, pour construire une maison, où Ti-Cœur avait sa chambre.

Son habitation entourée d'arbre, surplombait la magnifique baie de la ville, qui s’étendait sur trois kilomètres, entre le quartier de Fonds-Coré et celui de l'anse Turin.

Le ciel étoilé en hauteur de Saint-Pierre, couvrait radieusement l’horizon. La mer, indigo pendant la journée, devenait phosphorescente le soir.

 

Les visiteurs découvrirent émerveillés, le nouveau lieu d’accueil des veillées de Pa Angel, et s’installèrent sous la véranda. Un écriteau indiquait : "Bienvenue au Berceau de Moïse".

- Pourquoi la maison porte-elle se nom ? Demanda Cannelle intriguée. 

- Venez voir une merveille et vous comprendrez pourquoi la maison porte ce nom ! Annonça Ti-Cœur à ses amis. Je vais vous montrer une plante rare que ma grand-mère cultive. Ils contournèrent l’habitation et découvrirent dans un petit lopin de terre,  une plante extraordinaire.

- Elle est magnifique ! S'exclamèrent les enfants.

De cette plante au parfum enivrant, naissait une fleur blanche en forme de calice, qui ne fleurissait que la nuit.


Parfois Man Angel offrait à ses amis une bouture de cette plante exotique. C’était une fierté.

La terrasse composée d’une agréable plate-forme en bois, recouverte d’un toit en tôles, et de persiennes transparentes, laissait passer les vents des alizés. Elle jouxtait l’atelier de travail de Pa Angel, accolé sous un arbre à pain.

 

Pa Angel avait restauré dans son échoppe de poterie, des vielles lampes qui créaient l’ambiance pour ses veillées. Il plaça trois serbis(2), autour du cercle que formaient les invités 

C'étaient des sortes de lampions en bambous qui furent très utiles pendant les restrictions de la guerre. On s’en servait toujours dans les campagnes, quelquefois pour les défilés à la nuit tombée, lors du carnaval. 

Les invités avaient le souffle coupé.

-   Quelle jolie construction ! S’extasièrent les convives.

-   Nous  possédons un peu de terrain, maintenant !

Pa Angel restaurait les chaises en rotin, sur lesquelles les invités prenaient place, alors que Man Angel se faisait un plaisir de confectionner avec Ti-Cœur, les coussins qui les embellissaient.


Sur la  terrasse éclairée, les lucioles volaient en groupe autour des invités.

         -    J'ai pu agrandir mon atelier de poterie, expliqua le conteur.

-   Bravo! Répliqua Corentyne.

-   C’est magnifique Monsieur Angel ! S’écrièrent Pétunia Brayas et Judith Boulier.

    -   Eh ! Les enfants, appelez-moi Pa !

    -   Regarde comme ils sont impressionnés par le lieu, dit Man Angel en épluchant des cacahuètes qu’elle passait aux invités ravis d’y goûter.

  -  Maintenant, je vais vous raconter les périples de Raoul le petit cordonnier et son père Firmin Brodequin, qui devaient livrer des commandes dans un lieu particulier.

-   Cela va nous faire peur ? Demanda un garçon.

-   Si tu ne crains pas les morts-vivants …Y-é-Cric ! S’écria Pa Angel soudainement en pivotant.

 Puis, il s’empara de deux baguettes de bois posées sur le ti-bwa, du tambour bêlé dissimulé par une fougère et frappa en cadence à grands coups.

Ce qui fit sursauter les enfants et plusieurs invités.

-   Hé !

-  Ha !

Ensuite, d’une voix grave, Pa Angel demanda.

-   Avez-vous peur des  monstres ? Y-é-Cric !

Le petit garçon s’enfonça dans sa chaise, et une fillette prit une couverture pour se cacher la tête.

 

De timides Y-é-Crac ! Se firent entendre.

-   Men pas ka tend zot ! (3)

-   Y-é-Cric ! Cria-t-il encore une fois, sous l’hilarité des invités.

    -   Y-é-Crac ! Répondirent en chœur les convives dont certains riaient jaune.

Certains avaient bien en mémoire la dernière veillée(4) avec les soucougnans, de la route de la Trace. Pa Angel captivait l’auditoire et faisait des mimiques expressives pour raconter ses veillées.

 

     -   Je vous donne la période de cette veillée que vous pourrez suivre pendant plusieurs vendredis, les amis.

-   C’est super ! Crièrent les enfants en applaudissant.

-   Pa Angel, ça se déroule où l’histoire?

     -   L'histoire de cette veillée fantastique se déroule dans les îles de la Caraïbe, pendant la Seconde Guerre mondiale.


 

(1)         Zacaris : en créole, de gros biscuits carrées de forme carrée.

(2)         Serbis : lampions en bambous avec du pétrole et une mèche.

(3)         Men pas ka tend zot ! Je ne vous entends pas !

(4)         VEILLEE N°1 DE PA ANGEL "Raoul le petit cordonnier, et les 17 brigands de la route de la Trace"




 










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