6ème partie - Le cinquième brigand

Veillée N°1 : Raoul le petit cordonnier, et les 17 brigands de la route de la Trace.
 
« Tous droit réservés, Joëlle JEAN-BAPTISTE »
 
 
6ème partie - Le cinquième brigand 
 
 
 
Attirées par la lumière de la lampe tempête accrochée au tamarinier,  des chauves-souris, et des lucioles, virevoltaient autour des convives, réunis pour la veillée.
 
Valentin, Corentyne et Ti-Cœur ravis, écoutaient les récits de Pa Angel.
 
Celui-ci, debout au milieu des invités, faisait de grands gestes pour décrire les faits.
 
 - Ploc ! Dit Pa Angel.
 
- Ploc ! Répondit l’auditoire.
 
- Ploc ! Plic ! Plic ! Plac ! Dit Pa Angel.
 
- Ploc ! Plic ! Plic ! Plac ! Répondirent les voisins des Angel qui participaient aux incantations du grand-père de Ti-Cœur.
 
 Pa Angel continua son récit.
 
«Firmin et Raoul tremblaient, en se tenant derrière des fougères arborescentes, dans la forêt hygrophile de la Trace.
 
- Papa, et si c’était le croque-âme qui revenait ? Demanda Raoul anxieux.
 
- Chut ! Et réfléchit un peu, chuchota son père. Croque-âme ne sort que vers la fin de la journée, parait t’il.
 
Ils s’allongèrent dans la végétation humide.
 
Subitement, ils virent apparaître sur le sentier, une femme, coiffée d’un madras sur la tête, et portant un ciré bleu foncé. Elle se tenait assise dans une petite carriole, remorquée par deux ânes.  Une des roues semblait défectueuse. La femme s’énervait après un homme qui tirait sur les montures, en essayant de les faire reculer les animaux.
 
L’un derrière l’autre, les ânes s’agitaient.
 
- Ploc ! Plic ! Plic ! Plac ! Dit Pa Angel.
 
- Ploc ! Plic ! Plic ! Plac ! Dirent les convives.
 
Le bruit provenait de leurs sabots frappant le sol caillouteux dans cette partie de la route de la trace.
 
Le couple, visiblement ne s’entendait pas sur la façon, dont il fallait s’y prendre pour calmer les bêtes.
 
- Jude, ralentit la cadence des ânes pour réparer la roue !
 
Soudain, quelque chose gratouilla le dos, et l’épaule de Raoul. Celui-ci regarda en arrière en pensant y enlever de la végétation. Mais, il vit avec horreur grimper sur son bras et son dos, de grosses chenilles processionnaires, poilues, de dix centimètres environ. Des traits blancs et des points rouges qui ressemblaient à des yeux, sillonnaient leurs corps, tandis que des cercles noirs ornaient leurs têtes. Certaines se dirigèrent sur son bras et une le piqua.
 
Raoul se redressa en hurlant, et couru sur le sentier. Il ôta sa chemise en la secouant, pour se débarrasser de ses acolytes aux poils urticants, envahissants.
 
Il se retrouva torse nu, devant l’ étrange convoi.
 
 - Arrêtez de brailler  ! Mes ânes sont effrayés ! Dit la femme en colère.
 
Firmin, qui avait suivi son fils s’approcha, essayant de calmer le couple, et les animaux effarouchés.
 
 - Attendez, je vais vous aider !
 
 Sceptique, le couple se regarda.
 
 
Tout à coup, la femme prit un fusil et l’homme un coutelas. Ils bondirent hors de leur carriole et foncèrent, droit vers les cordonniers. »
 
 
 

-  Clac cloc ! Clac cloc ! Clac cloc ! Fit Pa Angel en faisant claquer ses dentiers qui s’entrechoquaient dans sa bouche. Devinez qui fait ce bruit ?

Demanda-t’il à ses invités.

- C’est le couple qui descend de la carriole ? Répondit la jeune métisse, Cannelle.

- Non, ce n’est pas lui.

- C’est le soucougnan qui revient ! Dit Ti-Cœur.

- Non, il n’est pas là, répondit son grand père.

- Clac cloc ! Clac cloc ! Clac cloc ! Poursuivit-il plus rapidement.

- Clacloc ! Claloloc ! Claccolo ! Reprirent d’une façon désordonnée les auditeurs en l’imitant, tout en faisant claquer leurs dents.

- Que vont faire les Brodequin ? Devinez ! Dit’ il aux enfants.

- Ils vont s’enfuirent ? S’écria Corentyne.

- Pas du tout ! Ils se battront avec le couple, annonça Ti-Coeur.

- Non ! Répondit son grand-père. Donc, zot-lé connaitre suite veillée-la ? (1)

- Oui ! Dirent les convives, tout en croquant des cacahuètes.

Pa Angel continua son récit :

« Le couple armé arriva devant les Brodequin ! .. »

Pa Angel fit de grands gestes.

- Ah ! Hurla-t-il.

Valentin sursauta en entendant le cri, alors que Corentyne renversa son verre de jus de goyave.

- Pa ! Tu nous as fait peur, dit Ti-Cœur.

- Mais ce n’est pas le but, cependant, il y a de quoi. Répondit Pa Angel, en poursuivant son récit.

«- Qui va là ! Cria l’homme en brandissant son coutelas, pendant que la femme armait son fusil.

- Mais que voulez vous ? Demanda Firmin en protégeant son fils, Raoul qui tremblait.

- Déclinez vos identités !

- Nous sommes de pauvres cordonniers et nous avons croisés sur notre chemin dix huit voleurs.

- Quoi ? Quelle direction ont-ils-pris ? Demanda la femme en menaçant Firmin.

- Ils sont partis par la route du Nord. Aidez nous !

Le cordonnier s’empressa de leur raconter leur déveine.

Le couple les écouta en silence, puis ils discutèrent à voix basse.

- Nous sommes d’accord pour aller secourir votre ami. Ensuite nous irons à la recherche des brigands, décida fermement la femme.

Raoul et Firmin trouvaient leur attitude surprenante.

- Euh, ils sont très dangereux ! Précisa Raoul.

- Et alors ! S’écria le couple d’une même voix.

Puis, résignée la femme baissa son fusil et rentra dans la carriole, pendant que l’homme se rapprocha d’eux.

- Ma femme Mélissa, ira jusqu’au bout du monde pour retrouver ces bandits, murmurât-il.

- Pourquoi cela ? Demanda Firmin, de plus en plus intrigué.

Sa femme revint avec une chemise froissée, et la donna à Raoul en révélant.

- Cette chemise appartient au cinquième brigand.

- Je ne comprends pas madame, balbutia Raoul.

- Le cinquième brigand est mon fils, dit-t’elle en éclatant en sanglot.

(1)

Vous voulez connaître la suite ?

 

 

 

Suite la prochaine fois avec la veillée n°7

 
Veuillez consulter le calendrier pour connaître les dates de publication.
 
 
 
 
 
 
 
 
Sous-pages (1) : 7ème partie - Le cierge noir
Comments