5ème partie - De mauvais présages

Veillée N°1 : Raoul le petit cordonnier, et les 17 brigands de la route de la Trace.
 
 « Tous droit réservés, Joëlle JEAN-BAPTISTE »
 
 
5ème partie - De mauvais présages
 
 
 
Sous un ciel étoilé, la veillée de Pa Angel, racontée en créole, continua, aux chants des grillons :
 
« Lorsque le soucougnan s’éloigna, Raoul lui décrivit l’apparence du monstre.
 
 - Heureusement que tu ne l’as pas regardé dans les yeux.
- Il est aveugle Pa.
- Même aveugle, il est cependant redoutable, lui répondit Firmin, qui n’en dit pas plus, pour ne pas effrayer davantage encore son garçon.
 
Firmin n’arrivait pas à s’endormir. Il écoutait les moindres bruits de la forêt de la Trace, tandis que son fils Raoul, dormait profondément à côté de lui. Hector Tuillier sommeillait au fond de la charrette cassée. Alors qu’il tentait de s’assoupir, Firmin entendit soudain des bruits assourdissants. Ce qui provoqua le réveil de Raoul.
 
 - Papa, d’où vient ce bruit ?
- C’est monsieur Tuillier qui ronfle !
- Il faut l’arrêter ! Le soucougnan à l’affût du moindre bruit pourrait revenir !
 
Ils virent un éclair déchirer le ciel, et la pluie se mit à tomber. Soudain, le bruissement et la puissance du vent dans les arbres, firent tanguer la charrette. Firmin se précipita sur Hector Tuillier et le secouât.
 - Taisez-vous !
 
Le vieil homme poussa un hurlement qui effraya Firmin et Raoul.
 
- Allez-vous-en, brigands de malheurs ! Non, vous n’aurez pas mes pierres précieuses ! S’écria le vieil homme en se réveillant en sursaut.
 
Les balancements continuèrent.
 
- Monsieur Tuillier. Il ne faut pas faire de bruit ! Avertit Firmin.
 
Firmin et Raoul s’accrochèrent aux parois de la charrette, alors que le vieil homme se maintenait grâce aux lanières. Il gémissait en se tenant la jambe. Puis lorsque subitement tout s’arrêta, Hector Tuillier se retourna et s’endormit rapidement.
 
- Des pierres précieuses ? S’étonna Firmin. Alors qu’il m’a dit qu’il ne transportait que des cageots de volailles.
- Papa, il délirait.
- Tu as raison, mon garçon. Dès demain, nous irons chercher du secours.
 
Rassuré de ne plus l’entendre ronfler, Firmin parvint enfin à s’endormir.
 
 
Au petit matin, lorsqu’ils sortirent de la charrette défoncée, ils remarquèrent que la végétation autour d’eux était dévastée. Firmin devait se repérer à travers des arbres couchés et des plantes arrachées.
 
Hector Tuillier réveillé, qui ne se souvint de rien, regardait lui aussi le paysage ravagé.
 
- Croque-Âmes est revenu pendant la nuit ?
- J’en ai bien peur, répondit Firmin Brodequin.
- Oui ! Vos ronflements l’ont attiré, confirma Raoul.
- Mes ronflements ont provoqué tout cela ? S’étonna Hector Tuillier en se frottant le visage.
 
- Avec votre jambe dans cet état, vous ne pourrez pas vous déplacer. Je vais vous mettre à l’abri sur ce talus, décida Monsieur Brodequin.
Il extirpa plusieurs planches de la charrette, plaça une partie de la bâche déchirée, et construisit un abri de fortune pour le vieil homme.
 
 - Voila, vous serez plus en sécurité. Surtout ne remuez pas, car vous risquerez d’aggraver la fracture.
- D’accord monsieur Brodequin. Où est passé le petit tonneau d’eau, qui se trouvait dans la charrette ? Demanda monsieur Tuillier en regardant autour de lui. J’aimerai bien me rafraichir, ajouta-t-il.
- Tenez le voici, dit Raoul en l’apercevant à quelques mètres d’eux, dépassant sous une couche de feuillage.  Le jeune garçon et son père le roula jusqu'à l'homme.
 
- Je vais chercher de quoi manger, annonça Firmin.
- Je viens avec toi, lui dit son fils.
 
Ils ne marchèrent guère longtemps. Firmin se pencha pour ramasser deux grosses noix de coco, tandis que Raoul trouva un régime de bananes. Tous les trois, purent se restaurer.
 
Raoul raconta sa vision du soucougnan au vieil homme, qui s’était évanoui pendant son sauvetage.
 
- Par mégarde, nous avons déclenché l’éveil de l’être mauvais, caché au fond du soucougnan, révéla Hector Tuillier.
- Que voulez vous dire ?
- Il y en a un troisième ? Demanda Raoul, apeuré. Madame Fiacre vit dans le même corps que monsieur Fiacre.
- Oui et c’est un très mauvais présage ! Déclara Hector Tuillier en regardant les premiers rayons du soleil, illuminés les végétaux pliés par la force du vent.
- Un troisième être s’éveille en lui. Prions pour ne plus croiser son chemin, ajouta l’homme en se signant, sous les regards mortifiés du père et du fils.
 
 
 Après s’être rassasiés, ils décidèrent de partir immédiatement.
- Nous devons aller chercher du secours, mais comment nous repérer dans la forêt de la Trace. Nous avons perdu la route ? Demanda Firmin.
- Allez vers l’est, et suivez le soleil. Vous trouverez le prochain village, leur conseilla l’homme blessé.
- Nous reviendrons bientôt, promis Raoul.
 
Ils marchèrent sur un amas de feuilles pendant plusieurs minutes, puis, enfin ils rejoignirent la route de la Trace. Soudain, ils entendirent un bruit inhabituel. 
 
 - Plac ! Plac ! Plic !
 
Pa Angel donnait la mesure en frappant dans ses mains, et le tempo avec sa bouche. Le public qui écoutait attentivement la veillée, répliquait.
 
 - Plac ! Plac ! Plic !
 
Il continua.
 
- Plac ! Plac ! Plac ! Plic !
 
- Plac ! Plac ! Plac ! Plic ! Firent aussi Ti-Cœur, Cannelle et Valentin.
 
Pa Angel enchaîna.
 
- Plac ! Plic ! Plic ! Plac !
- Plac ! Plic ! Plic ! Plac !
 
Le public répondit.
 
- Plac ! Plic ! Plic ! Plac !
- Plac ! Plic ! Plic ! Plac !
 
Puis,
 
- Ploc ! Termina Pa Angel.
 
- Ploc ! Dit l’auditoire.
 
- Ou lé sav sa ki ka passé ? (1) Demanda Pa Angel à la foule ravie.
- Oui Pa !
- Oui missié Angel, (2)
- Alors, en nous aille ! Men ka continué ! (3)
 
 
 - « Papa qu’est-ce que c’est ? C’est un oiseau qui fait ce bruit ? Demanda Raoul affolé.
 - Ne bouge pas !
 
Soudain, Firmin saisit son fils par la main et le cacha dans les buissons. »
 
 
 
(1) Vous voulez savoir la suite de l’histoire ?
(2) Oui monsieur Angel,
(3) Alors allons y ! Je continue la veillée.
 
 
 
 
A bientôt pour la 6ème partie.
 
 
 
 « Tous droit réservés, Joëlle JEAN-BAPTISTE »
 
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