Veillée N°1 : 3ème partie - Une étrange pépiniériste

 « Tous droit réservés, Joëlle JEAN-BAPTISTE »
 
 
 
3ème partie - Une étrange pépiniériste
 
 
Lorsque la porte vermoulue s’ouvrit devant Raoul Brodequin, il senti une agréable odeur florale qui contrastait avec la moisissure entourant la mansarde.
Ses pas, faisaient craquer le plancher. Le jeune garçon entra timidement, et se retrouva dans une pièce sombre. Sur un pan de mur, on remarquait diverses étagères, sur lesquelles s’entreposaient plusieurs plantes. L'autre mur comprenaient des outils, haches, scies de toutes tailles et des cisailles. Des gousses d’ail pendaient à côté des casseroles.
 
Raoul distingua à côté d’une cheminée, une personne emmitouflée sous une épaisse couverture, se balançant tranquillement dans un rocking-chair. L’ombre des flammèches se projetait sur sa silhouette en la faisant bouger au sol.
 
Soudain, la voix d’une vielle femme résonna.
 
- Qui êtes vous ? Pourquoi cette intrusion dans ma modeste demeure.
 
Où voit-elle une demeure,  là où je ne vois qu’un taudis ? Pensa Raoul surpris.
 
 - Bonjour madame. Je ne souhaitais pas vous déranger, mais c’est pour une urgence.
 
Elle stoppa son balancement, et enleva sa couverture. Subitement le rocking-chair grinça quand elle se retourna pour lui faire face.
 
 - Une urgence ? Oh, tu me sembles bien jeune !
 
Raoul ne distinguait que l'ombre du visage de la femme.
 
Pourquoi allumer un feu ? Il fait si chaud ici, pensa Raoul.
 
- Tu pouvais garder tes chaussures.
- Des brigands me les ont volé.
 
Le petit cordonnier remarqua que la veille femme portait des chaussures noires rêches, éculées, avec des lanières qui remontaient sur un pantalon défraîchi, jusqu’à ses genoux, où deux nœuds grossiers les maintenaient fermement. Un long châle noir couvrait ses larges épaules.
 
Quel accoutrement de rester chez soit avec de telles chaussures ? Se demanda t’il. Alors qu’une simple paire de chausson aurait suffit, comme ma mère, Honorine Brodequin, qui, une fois dans ses appartements, enfile des chaussons souples.
 
- Madame..
- Je suis Irma Fiacre, répliqua la vieille femme. Je suis la pépiniériste de la forêt. Et tu es ?
- Je m’appelle Raoul Brodequin, et mon père Firmin est en danger. Il a porté secours à un homme blessé, poussé au fond d’un ravin par des brigands.
- Et bien, la route de la Trace possède de nombreux pièges.
- Vous êtes une pépiniériste ? Où se situe votre terrain ?
- Je possède un immense terrain au cœur de la Trace. J’entretiens et développe les plants forestiers.
 
Elle prit un tison pour raviver le feu.
- Mon petit, qu’est-ce qu’une pauvre femme peut faire pour toi ?
 
Raoul inquiet demanda.
- Connaissez-vous une personne assez robuste pour les aider à remonter une charette d'un ravin ?
- Hélas, il n’y a pas âmes qui vivent dans ce coin.
- Je pensais que de nombreux voyageurs circulaient.
- Qu’est ce qui te fais croire cela ?
 
Raoul se souvenait de l’autel rempli de bougies allumées, et il décida de ne rien révéler.
- Heu, j’ai vu des traces de pas dans la forêt. A qui pourrais-je demander de l’aide ? Demanda le jeune homme angoissé.
La femme réfléchit. Puis elle annonça.
- J’ai une solution. Je vais faire appel à mon ex-mari, Abel. C’est un bûcheron. Je pense qu'il t’aidera.
- Merci Madame Fiacre ! S’écria Raoul.
- Non, tu me remercieras plus tard. Abel est vigoureux, et il pourra facilement les sortir du ravin.
 
Cependant, il ne sera plus le même à la tombée de la nuit.
- Comment cela ?
- Il est irascible et très égoïste car cette partie de la forêt de la Trace, devient pour lui, la nuit, son territoire. Et il n’aime pas y voir traîner les gens.
- Dans une heure, la nuit va tomber. Où pourrais-je rencontrer votre mari ?
- Je te le dirais bientôt Raoul.
 
Madame Fiacre, toussa, et soudain cracha dans le feu allumé. De grosses flammes s’élevèrent. L’espace d’un instant, Raoul aperçu son regard noir, perçant. Il frissonna.
 
- Mon petit, écoute bien, ce que je vais te dire maintenant. Lorsque tu verras mon mari, ne lui parles pas. Et évite d'élever la voix. Ne le regarde surtout pas dans les yeux. Reste immobile et baisse la tête devant lui.
- Alors, comment pourrai-je lui expliquer où est situé le lieu ?
- Il le saura, ne t’en fais pas. Le moindre bruit le contrarie. Et ne marche pas dans la foret le soir venu !
- Comment ? Et où allons nous pouvoir nous réfugier pour trouver un refuge, si nous ne pouvons pas marcher dans la forêt le soir ?
- Je ne te donne ces conseils, tu peux en tenir compte, ou pas, ajouta t’elle la voix éraillée.
 
La femme toussa et cracha une nouvelle fois dans la cheminée. Puis, elle enleva doucement son châle. Ensuite, elle prononça d’une voix lugubre.
 
- Surtout, ne circulez pas dans la foret le soir venu ! Répéta la vieille femme en agitant ses  mains, aux ongles noirs crasseux.
 
 
 
 
 
 
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