Veillée N°1 : 2ème partie - Le soucougnan

 
  " Tous droits réservés, Joëlle JEAN-BAPTISTE"
 
 
2ème partie - Le soucougnan
 
 
Pa Angel continua la veillée...
 
" Après deux heures de marche, sans rencontrer âmes qui vivent sur la route sinueuse de la Trace, Raoul épuisé, s’arrêta sous un abri couvert de fougères arborescentes.
 
- Papa, je suis fatigué nous devons nous reposer !
 
- Tu as raison mon fils.
 
- J’ai faim, et j’ai mal au pied, continua Raoul en se frictionnant les orteils.
 
 - Ces brigands de malheur nous ont même volé notre repas.
 - Oui les 17 voleurs !
- Tu les as compté ?
- Oui papa, et trois d'entres eux, portaient des tatouages immenses sur leurs bras et leurs jambes.
Son fils lui décrivit les dessins.
 
- C'est bien mon fils. Si on les retrouvent ont pourra facilement les identifier. Bon, attends moi ici fiston, je vais chercher à manger.
 
 Son père s’éloigna sous les rangées de balisiers aux larges feuilles, dont les multitudes fleurs de couleurs rouges et orange, se dressaient au milieu de la forêt.
 
Raoul, s'assit sur un gros rocher au bord de la route, et l’attendit tranquillement en méditant leurs prochaines livraisons , dont dépendraient de la réussite de leurs parcours. Le garçon avait déjà une idée pour sillonner la route de la Trace, sans encombres.
 
Quelques instants plus tard, son père revint avec quatre grosses mangues.
 
Ils se régalèrent, tandis que Raoul plein d’entrain, un peu rassasié, décida de mettre en place un plan astucieux pour effectuer leurs prochaines livraisons. Il développa l’idée à son père, qui l’approuva.
 
Ils n’allaient pas se laisser intimider par ces brigands !
 
 - Il nous faut avant tout rentrer chez nous fiston. Ensuite on avisera.
 
Ils reprirent leur route, quand soudain, ils entendirent un appel déchirant, qui fit un écho persistant au fond de la forêt.
 
 - Au secours ! Au secours !
 
Ils se penchèrent sur le parapet d’un pont en pierre, et virent une charrette retournée au fond du précipice.
 
- Hé ! Ho ! « Missié, vini sauvé moins ! » (1)
 
- Qui êtes-vous ?
 
- Je suis Hector Tullier, et des brigands m’ont attaqué.
 
Grimaçant de douleur, l’homme fit un geste pour se soulever, mais sa jambe se trouvait bloquée sous la roue de la charrette.
 
- Ne bougez pas Monsieur Tullier. J’arrive, cria Firmin !
 
- Papa, soit prudent !
 
- Ne t’en fais pas mon enfant.
 
Firmin descendit une pente rude en s’agrippant aux lianes humides, tandis que son fils perché sur le parapet guidait ses pas. Au bout de quelques minutes, il arriva près d’un vieil homme blessé. Il portait sur le visage des traces de coups, et sa chemise se trouvait en lambeaux.
 
- Que vous est t-il arrivé ?
 
 - Des pillards m’ont détroussé. Ils ont volé mes cageots de poules, de coqs, et ils m’ont jeté dans ce ravin. Ils m’ont laissé pour mort.
 
 - Ils nous ont fait subir les mêmes sévices à mon fils, Raoul et moi.
 
Firmin se présenta.
 
- Ils ont aussi pris nos souliers, tout comme vous, ajouta-t-il en regardant les pieds ensanglantés de l’homme.
 
- Mais, vous êtes sérieusement blessé aux jambes ? Ce sera difficile de vous transporter là-haut.
 
- En effet, et vous devez aller chercher du secours !
 
- Qui pourra nous aider ?
 
- Seul le Croque-Âmes le peut ...
 
En entendant ce nom, Firmin eu un recul.
 
- Quoi ? Le Croque-Âmes n’existe pas ? C’est une légende.
 
 Le vieil homme lui affirma tout bas.
 
- Si, si ! Je l’ai déjà rencontré plusieurs fois sur la route de la Trace. Lorsqu’il lui décrivit le personnage,(…) Firmin tressaillit. Il senti ses jambes se dérobées sous lui. "
 
 
- Et cric, dit Pa Angel en interrompt son récit.
 
- Et crac, répondit son auditoire.
 
 - Messieurs et Mesdames, est-ce que la cour dort ?
 
 - Non, la cour ne dort pas ! Crièrent les invités des Angel.
 
Man Angel aidé de Ti-Cœur, distribua des rafraichissements, des accras et des cacahuètes. Le jeune garçon servit du jus de goyave et de maracuja, à ses amis, Camille, et Valentin, ainsi qu’aux adultes.
 
- Vous voulez la suite de la veillée et savoir qui est Monsieur Croque-Âmes ?
 
- Oui, Pa !
 
 - Hyé bap ! Tonna Pa Angel, en posant son verre de jus. Il se leva d’un bond et poursuivit son histoire…
 
 
 
 
 - " Mais, c’est un soucougnan ! (2)  S'écria Firmin.
 
- Rassurez vous, il est inoffensif depuis bien longtemps, lui affirma le vieil homme en toussant. Croque-Âmes, vit dans un refuge situé dans la forêt de bambous, à deux kilomètres de là.
 
 - Et quel aspect a-t-il ? C’est un animal, un humain ou un fantôme ?
 
- Non ! Il est bien vivant. Dépêchez-vous, il faut le trouver avant la tombée de la nuit. Lui seul pourra nous sortir de ce précipice !
 
- Mais il est inoffensif n'est ce pas ? Reprit Firmin pour se rassurer.
- Oui, le jour, mais la nuit.... c'est une autre histoire... nous serons en danger, ajouta le veil homme en grimaçant.
- Nous avons donc deux bonnes heures devant nous.
 
Firmin se redressa et appela son fils.
 
 - Heu, fiston ! Tu dois aller chercher du secours !  Hurla t'il en essayant de se contrôler.
 
- Où ? Dans quelle direction ?
 
 Sur les conseils du vieil homme, son père lui indiqua un chemin.
 
 - Tu dois suivre le sentier, tourner à droite de la grande croix en pierre, puis, tu longeras une rivière, et au bout de quelques mètres tu arriveras dans la forêt. Il habite à la croisée du chemin.
 
- C’est chez qui ?
- Heu ! C’est la maison de celui qui nous sauvera.
- Quel est son nom ?
- Je ne sais pas ! Paniqua Firmin, heu ! Je ne connais pas son nom !
 
Firmin ne voulait surtout pas révéler à son fils, le nom de l'être, mort, il y a plus d’un siècle, qui selon les rumeurs hantait toujours la route de la Trace. 
 
Raoul perçu une légère panique au son de la voix de son père. Quelque chose l’intriguait. Cependant, le jeune garçon partit immédiatement. Il quitta la route, et prit un sentier escarpé où des anthuriums poussaient à flanc de montagne.
 
Firmin pria, souhaitant qu’il n’arrive rien à son fils. Il ne lui avait pas dit que le soucougnan pouvait voler dans les airs, pour accomplir ses méfaits. (…)
 
 
Raoul arriva dans un endroit obscur, où les rayons du soleil ne passaient pas à travers l’épaisse végétation luxuriante. Il s’approcha, et distingua clairement, en regardant à trois mètres au-dessus de lui, un petit autel abandonnée, niché dans un pan de terre, comme on en rencontre quelques fois dans les campagnes.
 
 Dans cette chapelle se trouvait la statue d’une Vierge, au pied de laquelle plusieurs cierges brillaient.
 
Mais qui donc vient ici pour allumer tous ces cierges ? Que signifie cet autel ?
 
Perturbé par cette découverte étrange, Raoul reprit sa marche. Imprégné de la moiteur humide de l’atmosphère, il aperçut une mansarde délabrée, entourée de bambous. La flore, la recouvrait entièrement. Une odeur de moisissures remplissait l’air. Raoul chercha quelques instants la porte d’entrée, recouverte de lierre grimpante. Il repéra un crochet vermoulu et frappa trois coups. " 
 
 
 
 
(1) Monsieur, venez me sauver !
 
(2) Un soucougnan désigne une personne qui grâce à un pacte avec le diable pouvait prendre la forme d'un animal ou d'un insecte.
 
 
 
 
A bientôt.
Veuillez consulter le calendrier 2009 pour connaître la suite de la veillée.