Veillée N°1 de Pa Angel : Raoul le petit cordonnier, et les 17 brigands de la route de la Trace.

 " Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "
 
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Veillée N°1 : Raoul le petit cordonnier, et les 17 brigands de la route de la Trace.

1ère partie - L’obstacle

Après avoir dégusté le délicieux colombo de Man Angel, son mari, Eugène dit Pa Angel, s’empara d’une lampe tempête accrochée aux parois de la véranda. Puis, il la remplit de pétrole, craqua une allumette, et la glissa dans la mèche qui s’alluma.

Des bèt à fet (1) tournoyaient autour de la lampe. Au loin, on entendait résonner le chant des cigales. Pa Angel sortit de la maison en poussant un long cri prolongé : Y-é-Cric !

Quelques voix lointaines, éparpillées autour de l’habitation, répondirent par un :

Y-é-Crac !...

La lune brillait dans le ciel, parsemé d’une multitude d’étoiles. Pa Angel marcha au centre du jardin, accrocha sa lanterne à un tamarinier, et régla son intensité.

Il relança d’une voix tonitruante.

Y-é-Cric !

Les voisins volubiles arrivèrent chez la famille Angel. L’assemblée répliqua joyeusement par un :

- Y-é-Crac !

Le rituel de la veillée du vendredi commençait.

On entendait les chants des cabrits-bois (2)  accompagnés, des coassements des grenouilles.

Ensuite, Pa Angel poursuivit son introduction :

– Y-é-Misticric !

L'assistance répondit.

– Y-é-Misticra !

– Missié-zé dames, est-ce que la cour dort ? Demanda Pa Angel.

– Non, la cour ne dort pas ! Répondit l’auditoire.

Tout en écoutant les aventures contées par Pa Angel, les grands et les petits rassemblés autour de lui, écossaient des pois d'angoles, que Man Angel irait vendre, le lendemain,  le samedi, au marché de Saint-Pierre.

Pa, raconte nous l'histoire de Raoul ! Cria Ti-Cœur jovial.

– Ou lé Raoul ? (3) Y-é-Misticric !

– L'assistance répondit

– Y-é-Misticra !

– Y-é-Misticric ! Je vais vous conter l'histoire d’en temps longtemps, de Raoul, le jeune cordonnier qui devait prendre la fameuse route de la trace pour aller livrer une commande.

– Pourquoi dit-on dit la Trace, Pa Angel ? Demanda curieusement un enfant.

– C’est en mémoire du chemin qui fut ouvert dès le XVIIIème siècle par les jésuites. On le nommait jadis le chemin du Roi. Cette route dangereuse traverse le cœur de la forêt tropicale humide.

– Pourquoi est-elle dangereuse ? Demanda un autre enfant.

– Ah ! En voilà une bonne question ! Et bien devinez !

– Il y a beaucoup de ravins, lui répondit un invité.

– Oui missié, ajouta Pa Angel, la route est dangereuse car elle passait par les contreforts de la montagne Pelée et les flancs escarpés des pitons du Carbet. Mais pour Raoul, le danger ne venait pas de là.

– Il y a du brouillard ? Répondit une convive.

Oui madam, le danger vient de l’humidité qui se propage dans certains endroits de toutes parts dans cette forêt. Mais pour Raoul, le danger ne venait toujours pas de là.

– La route est dangereuse, car il y a des brigands ! Affirma Pa Angel.

– Ho ! S’écrièrent les convives surpris.

Pa Angel faisait de grands gestes et s’exprimait haut et fort.

– Voici l’histoire de Raoul et les 17 brigands de la route de la Trace !

" Raoul Brodequin, un jeune cordonnier, aimait passionnément son métier. Il vivait avec ses parents, son père Firmin, et sa mère Honorine, dans une échoppe qui ressemblait à une longue chaussette, de trois étages. Elle se situait sur une petite colline dans la ville de Fonds-Saint-Denis, en Martinique.

Au rez-de-chaussée, la famille recevait ses clients. Honorine raccommodait les revêtements des chaussures. Elle vendait des petites fournitures, du cirage, des brosses et des lacets, tandis que son mari dans l’arrière boutique restaurait les souliers abimés, à l’aide de plusieurs appareils.

Raoul travaillait au premier étage. Il créait des jolies ceintures, avec des matières diverses. L’appartement de la famille se trouvait au deuxième étage.

Un jour, Raoul devait accompagner son père Firmin, pour effectuer une livraison de chaussures chez un de leur fidèle client, habitant à Fontaine-Didier. Ils devaient emprunter la dangereuse route de la Trace, qui allait de Saint-Pierre à Fort de France en traversant l’immense forêt tropicale.  

De rumeurs circulaient, selon lesquelles, des voleurs dépouillaient les marchands.

Les autorités des villages environnants offraient une forte récompense pour capturer les bandits qui sévissaient dans la région. Les gardes du gouverneur Charles Briscau ratissèrent une grande partie du territoire de la route de la trace, sans rencontrer aucun malfrat. Et, depuis des semaines, aucunes attaques n’avaient été effectuées. Les habitants rassurés, pensèrent que les voleurs avaient battu en retraite.

Pour la première fois depuis des mois, les deux cordonniers allaient enfin pouvoir écourter leurs trajets.

- Faites attention au brouillard et roulez doucement dans les virages, conseilla Honorine Brodequin, inquiète. Elle leur prépara le panier pour leur déjeuner et les repas de l’après midi.

Firmin et Raoul semblaient confiants.

- Rassure-toi, ma chérie. Nous n’avons rien de valeur, pas d'argent que des souliers. N’est-ce pas fiston ?

- Oui papa, on ne risque absolument rien !

Ils partirent tranquillement à bord de leur charrette, tirée par leur percheron. Ce beau cheval de trait puissant, traversait les tournants escarpés, et passait dans des nappes d’embruns, en franchissant les ponts humides de la route de la Trace.

Au bout d’une heure, en traversant des chemins bordés de fougères aux feuillages courbées, soudain, au détour d’un virage, le cheval s'immobilisa.

- Regarde papa,  un arbre nous barre la route !

- Viens m’aider on va le dégager, dit Firmin en se dirigeant vers l’obstacle. Ils déblayèrent la végétation et soulevèrent le tronc d’arbre lorsqu'ils entendirent des cris derrières eux.

- Halte-là, étrangers ! 
 

Plusieurs hommes encagoulés, surgirent des épaisses fougères de la forêt et pointèrent leur coutelas aiguisés sur Firmin et son fils. D'autres arrivèrent à cheval."

- Oh, crièrent les invités des Angel.

- Vous voulez la suite ? Leur demanda Pa.

 - Oui, Pa !

- Hyé bap ! Tonna Pa Angel, content. Il continua son récit...

 

- "Qu’est ce que vous transportés là-dedans ? Questionna durement un homme.

Firmin tremblait en regardant ces hommes impressionnants avec  leurs corps musclés, tatoués.

-  Nous sommes les propriétaires de la route de la trace. Tous ceux qui la traversent doivent payer leur passage. Alors ? Qu’as-tu pour nous ?

- Messieurs, je ne suis qu’un pauvre cordonnier qui transporte que des souliers pour quelques villageois de cette route.

- On va vérifier les marchandises. Elles sont à nous !  Affirma un  homme qui semblait diriger la bande.

- Vous n’êtes que des voleurs ! La route de la Trace est à tout le monde, et il n'existe aucun propriétaire ! Se révolta tout à coup Firmin, en pensant à sa cargaison qui représentait plusieurs mois de travail.

- Oui, nous sommes des voleurs, des prisonniers évadés. Alors tu payes ton passage, ou  nous prenons ta vie, hurla le chef qui s’avança menaçant.

Firmin ne répondit pas, car il pensait à la vie de son fils.

- Emparez-vous de la charrette, ordonnât le bandit.

- Qu’allons nous devenir avec mon enfant, seuls dans cette immense forêt ? Protesta Firmin, affolé.

- Des marcheurs ! Lui répondit le chef en se moquant de lui.

Tous les bandits éclatèrent de rire. Ils les molestèrent, et prirent leur cheval, et leur charrette  remplie de marchandises. Ensuite, ils  partirent  sur leurs chevaux, au galop.

Firmin et Raoul se retrouvèrent sur la route de la Trace, déchaussés, et complètement démunis. Ils s’étaient fait dérober, pour la première fois, leur précieuse cargaison de chaussures."

 (1) « lucioles »
(2) « grosses sauterelles »,
(3) « Tu veux Raoul ? »
 

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