TOME 4-Chapitre 3 La croix violette

TOME 4

 

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

 

Ti-Cœur ANGEL

&

Les Alizés d’Argent des Caraïbes

 

Chapitre 3

La croix violette


Lorsque l’autobus stoppa sur la place fleurie de la commune du Morne-Rouge en Martinique, madame Augustine Sinter aperçue sa fille Suzy, accompagnée de Louise Mouitel, qui leur faisait signe. Tout ce passait comme prévu, pensa-t-elle en consultant sa montre. Elle les regarda anxieuse.

-         Monsieur Firaz, pouvons-nous faire une pose de quelques minutes ? Demanda madame Sinter au chauffeur, qui acquiesça.

-         Bien sûr, madame Sinter, vous avez vingt minutes, répondit Léon Firaz. J’allais moi-même vous la proposer, car j’ai des paquets à récupérer.

 

Le chauffeur, profitait de son trajet pour rendre service à ses clients. Ils lui remettaient leurs colis, au lieu de passer par la poste, ce qui leurs permettaient un envoi gratuit et plus rapide.

-         Je reviens dans une vingtaine de minutes.

L’homme partit à pieds en apportant un sac.

La patronne des Petites Mains se retourna vers les élèves et leur demanda de descendre du bus. Ils sortirent ravis.

-         Rangez-vous à côté des deux autres élèves.

-         Oui madame Sinter, concédèrent les enfants heureux de se dégourdir les jambes.

Pendant ce temps, Augustine Sinter constata.

-         Ah voilà vos deux camarades des Petites Mains ! Sa fille Suzie s’approcha en disant :

-         Nous avons récupéré les cadeaux pour les Petites Mains, maman.

Puis, elle s’interrompit, comprenant le lapsus qu’elle venait de commettre. Euh… madame Sinter.

-         Oui ! Dit sèchement sa mère, qui lui avait déjà maintes fois répété qu’elle ne devait jamais l’appeler maman devant ses autres camarades de l’atelier.

La patronne des Petites Mains s’approcha d’elle, et lorsque sa fille lui tendit la joue, pensant recevoir un baiser, madame Sinter la réprimanda.

-         Je t’ai entendue m’appeler maman. Ce sera 5 euros en moins de ton argent de poche, pour ce mois-ci.

Suzie resta bouche bée.

Comme l’enfant avait du mal à ne pas l’appeler maman en public, madame Sinter, avait dû frapper là où cela faisait mal.

Ainsi, à chaque fois, elle lui prenait 2 euros dans son argent de poche mensuel. Et elle venait d'augmenter la somme.

-         Mes chères Petites Mains, maintenant que nous sommes tous réunis pour le départ, dit-elle en souriant, je voulais vous faire une surprise et vous donner des récompenses, pour votre entrée au Thymothy Stage.

-         Regarde Valentin, il y a une troisième élève avec les deux filles, dit soudain Pétunia Brayas, en le prenant par la manche. Tu la vois aussi ?

-         Mais qu’est-ce que tu racontes ? Je ne vois que Suzie et Louise, répondit Ti-Cœur gêné.

-         Non, elle est là !

Elle montrait du doigt une cible invisible derrière les jeunes filles.

-         C’est une fille.

-         Et, comment est-elle habillée ? Demanda Ti-Cœur en jouant le jeu.

-         Elle porte une robe noire sur un gilet mis à l’envers. Elle a un air méchant en regardant madame Sinter.

Ti-Cœur s’énerva.

-         Pourquoi tu t’amuses à cela Pétunia ? Dit-il en ne voulant pas la croire.

L’enfant ne l’écoutait pas, elle tremblait, fixant le lointain en ajoutant,

-         Ti-Cœur, elle vient de me montrer un sac, qui porte ton nom dessus !

Corentyne Clèves Vallier avait des frissons.

-         Cela recommence, dit-elle tout bas.

-         Qu’est ce qui recommence ? Demanda Ti-Cœur, troublé.

-         Elle a déjà eût des visions.

-         Où donc ?

-         Dans l’atelier des Petites Mains.

-         Euh, où est-elle maintenant ? Demanda Ti-Cœur en déglutinant.

-         Elle est partie, dit la jeune fille en tournant la tête de droite à gauche. Vous aussi, vous l’avez vu ?

-         Je ne te crois pas. Décrit-la mieux que cela, dit Ti-Cœur exaspéré.

-         Elle avait une grosse croix violette sur l’épaule.

La respiration du garçon s’accéléra.

-         Maeva Evert ? Dit-il en regardant Corentyne qui semblait stupéfaite, elle aussi. 

 

Maeva Evert était une piètre couturière. Elle avait été engagée dans l’atelier pour aider les Petites Mains, mais madame Sinter s’était vite aperçue de son incompétence. Elle était connue pour porter des habits dépareillés. A un âge où ses camarades dessinaient souvent des petits cœurs, elle préférait placer des petites croix colorées sur son cahier de dessin ou sur les habits qu’elle cousait.

-         Mais elle a quitté notre atelier, il y a trois ans de cela et comment pourrait-elle être avec nous ? S’étonna Corentyne.

-         Je n’avais pas confiance en Maeva, se souvient Cannelle Cokar. Et elle avait mauvais esprit, rappelle-toi le jour du Carnaval.(Voir le Tome 1) (1)

-         Tu es dure avec elle, je me souviens que je l’aidais quand elle ne réussissait pas à découper son patron, répondit Corentyne.

-         Alors là, je ne sais pas, mais je l’ai vu fouiller dans le bureau de la patronne. C'est son fantôme !

-         Cannelle Cokar a des visions maintenant ! S’écria Jimmy Vallier en éclatant de rire.

Il avait mal suivit la conversation.

La jeune chabine (2) très étonnée se tût. En cachant le fait que s’était Pétunia qu’il venait de confondre avec elle.

-         Ce sont les veillées de son grand-père, Pa Angel, qui t’as tourné la tête, déclara le garçon en essayant de justifier cela.

-         Et c’est pour cela que tu es arrivée en retard à l’arrêt du bus ce matin ? Ajouta Gontran Alois, un de ses amis.

-         On a failli partir sans toi !


Ti-Cœur secoua la tête et laissa Cannelle et Corentyne, en se disant qu’elles allaitent faire face à leurs diatribes.

 Pétunia Brayas s’éloigna rapidement avec Ti-Cœur Angel qui laissait les autres lui répondre. Cela n’était pas la première fois qu’elle voyait d’autres personnes et il voulait en savoir plus.

-         Raconte-moi tout, demanda-t-il en serrant la main de Pétunia.

Ils s’assirent près d’une fontaine, tout en regardant Madame Sinter contrôler les marchandises qu’elle avait commandées.

-         Depuis quinze jours, je ressentais comme des présences autour de moi. J’ai la sensation qu’il va se passer des choses terribles au Thymothy Stage.

Pendant qu’elle lui décrivit ses visions, Ti-Cœur était intérieurement de plus en plus effrayé et faisait pourtant celui qui ne laissait rien paraitre.


Derrière les nouvelles venues, s’étalaient dix petits baluchons colorés sur lesquels s’inscrivait le nom des stagiaires.

-         Suzie, as-tu apporté le pli que j’avais laissé dans mon secrétaire ?

-         Bien sûr, le voici, madame Sinter.

La femme s’empara rapidement d’une large pochette avec une fermeture zippée, et l’ouvrit. Puis, satisfaite, elle appela ses ouailles.

- Dépêchez-vous les enfants!

Lorsque Ti-Cœur s’approcha de ses camarades Corentyne, lui déclara

-         Pétunia Brayas ne pouvait pas avoir connue Maeva Evert.

-         Quoi ? S’étonna l’apprenti couturier.

-         Mes chers Petites Mains, taisez-vous et regroupez-vous devant moi, s’écria madame Sinter enthousiaste.

Les enfants firent un cercle et arrêtèrent de parler.

-         Je vais vous faire part du but du voyage au Thymothy Stage, et ce que nous attendons de vous, mes chers Petites Mains. J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

Pendant que la patronne parlait, Corentyne continua en chuchotant.

-         Car elle venait de Sainte-Lucie et y est retournée lorsque l'on a procédé à son enterrement.  Et rappelle-toi, Pétunia a été recruté six mois après dans l’atelier des Petites Mains.

-         Donc, elles ne pouvaient pas se connaître ! Déclara Ti-Cœur Angel, très soucieux.

 

 

(1)               Chabine : enfant issue de blanc et de métisses

(2)              Voir le Tome I : Ti-Cœur ANGEL et le Zombi du Carnaval Antillais

 

 

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