TOME 4-Chapitre 2 La mallette de l’apprenti

TOME 4

Ti-Cœur ANGEL

&

Les Alizés d’Argent des Caraïbes

 

 

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

 

Chapitre 2

Partie n°1

La mallette de l’apprenti

 

Ce fut au chant du coq que le jeune mulâtre, Ti-Cœur Angel, se réveilla très tôt ce matin-là, dans sa maisonnette de Saint-Pierre, située sur les flancs de la montagne Pelée en Martinique.

En pensant à la journée qui l’attendait, content, il sauta de son lit, ajusta son walkman sur ses oreilles en dansant sur une musique zouk en vogue. Puis, il se précipita sur le mannequin en bois que lui avait sculpté son grand père, Pa Angel.

La veille, la famille Angel fit une petite fête en son honneur, et lui offrit des présents en récompense de son travail à l’atelier de couture des Petites Mains de Saint-Pierre et de sa sélection pour le stage du François.

Ti-Cœur découpa dans la presse internationale, le visage d’une jeune styliste, Héloïse Bronsague, dont les exploits au Dé D’or avaient été salués, et le colla sur la tête en bois du mannequin.

Tout comme Thymothy Hongres, Ti-Cœur espérait un jour intégrer son atelier de stage, aux États-Unis, pour parfaire son expérience dans le domaine de la couture.

Sa grand-mère lui avait donné une de ses vieilles perruques aux cheveux noires bouclés, dans lesquels il s’était amusé à coller des tickets de bus. Il la posa sur la tête du mannequin et recula pour l’admirer, ravi.

Puis, il chercha dans son coffret de jouets deux grosses billes vertes, qu’il inséra à la place des yeux. Il attrapa les manches de la veste sur laquelle il cousait, pendant son temps libre, et demanda d’une voix grave.

- Mademoiselle, voulez-vous danser avec moi ?

- Puis, il prit une petite voix aigüe pour répondre.

- Oui, volontiers, jeune homme !


Tout à coup, il souleva le mannequin en tourbillonnant à travers la pièce, en chantant les paroles que les Petites Mains avaient créé, lors de la dernière séance de cours, à la récréation. Il félicita ceux qui avaient été sélectionnés pour le stage, qui se déroulerait dans la ville du François.

« Nous irons tous au François

Youpi, Youpi, Ha !

 

Apprendre de nouvelle des règles

Youpi, Youpi, Hé !

 

Accomplir mile exploits,

Youpi, Youpi, Ha !

 

Vive les petites Mains

 Youpi !

 

Les meilleurs collégiens

Youpi :

 

Qui cousent avec entrain

Youpi :

 

Au Thymothy stage! »

 

Puis, il fit un slow avec le mannequin en reprenant plus doucement la chanson. Il s’arrêta net en voyant la tête de Man Angel, dépassée par la porte de sa chambre.

-          Heu ...grand-mère, je ne t’ai pas entendu arriver.

Elle souriait en entrant dans la pièce.

-     Tu es très joyeux mon chéri, tu te prépares pour un concours de danse ?

-          Heu ... non Man, dit Ti-Cœur en posant rapidement le mannequin.

-     J’ai pourtant frappée, mais avec la musique tu ne m’as pas entendu. Oh ! C’est le portrait craché de la jeune Bronsague qui est en passe de dépasser Hongres, ajouta Man Angel.

-     Oui, et je viens de coller sa photographie.

-          Ton petit déjeuner est prêt Ti-Cœur, habille toi vite, j’ai quelques surprise pour toi.

Ti-Cœur se dépêcha de sortir de sa chambre, et huma avec délice, la bonne odeur du chocolat aux amandes grillées qui l'attendait dans la cuisine.

Puis, il se dirigea vers la salle de bain, fit une douche, enfila un jean noir, et un tee-shirt blanc que lui avait brodé Man Angel, où l’inscription « les Petites Mains » s’étalait en lettres multicolores. Il enfila une veste noire.

-     Génial !

- Grand-mère, c’est mon costume neuf, est-ce que les camarades seront aussi bien habillés que moi ?

-     Cela m’étonnera, ils sont fiers d’avoir été sélectionnés, donc il faut faire bonne impression.

Ensuite, il déjeuna sur la terrasse, en dégustant une part de gâteau à la noix de coco.

- Je crois que c’est le moment de t’apporter ton nécessaire de couture pour le stage.

Ti-Cœur était fier de représenter sa ville de Saint-Pierre au nouveau stage du couturier, dont il admirait le travail.

-     Pour te montrer la fierté que j’éprouve à l’idée que tu puisses participer à ce stage de haute qualité du François, je t’ai réservé une surprise. Montre-moi ta valise.

Ti-Cœur se dirigea vers son lit, et fut surprit de voir le mannequin lui tomber dessus.

-     Vous devenez inséparable, lui dit sa grand-mère en riant. Ne bouge pas.

Man Angel dégrafa une épingle qui se trouvait accroché à la manche de son petit-fils. Ensuite, elle reposa le mannequin sur son socle.

-     Lorsque tu danseras avec elle la prochaine fois, vérifie bien, qu’aucune épingle ne dépasse.

-     Oh je m’amusais Man, répondit le garçon troublé.

Entre-temps, Ti-Cœur se pencha sous son lit et attrapa sa valise.

Man Angel la posa sur son bureau et l’ouvrit. Elle vérifia qu’elle contenait suffisamment de vêtements. Puis, elle se dirigea vers la porte pour prendre un paquet d’une quarantaine de centimètres.

- Voilà le trousseau de couture que je t’ai préparé.

- Merci Man ! Qu’est-ce que c’est ? Demanda-t-il ravi.

- J’ai les yeux fatigués et je couds de moins en moins. Étant donné que c’est ton premier grand stage de couture, je souhaitais te transmettre ce trousseau dans lequel j’ai ajouté quelques objets précieux pour réussir ton apprentissage.

Heureux, l’apprenti ouvrit le cadeau, et découvrit une mallette en cuir d’une quarantaine de centimètres avec son nom gravé en plaqué or :

« Ti-Cœur Angel. Les Petites Mains »

- Merci Grand-mère. Quelle est belle ! Dit-il ému en l’embrassant sur les joues.

Ti-Cœur repéra des compartiments de rangement, des aiguilles de toutes tailles et un livret de couture, des épingles, un couturomètre, des rubans, crochets de broderie, et de multiples accessoires.

-        C’est un super kit de couture !

-        C’est la mallette idéale d’un apprenti couturier. Répondit Man Angel.

-        Il y a quoi dans ces trois boites ? Demanda le garçon intrigué.

Ces trois flacons sont parait-il exceptionnels. Il s’agit de fioles que j’ai dernièrement trouvées dans la plus vielle mercerie de la ville. Et la marchande m’a précisée qu’il fallait les utiliser à bon escient.

- C'est-à-dire ? Non, ce n’est pas les trois mixtures de couture ?

- Oui, on n’a pas pu y résister. Il ne faut surtout pas les ouvrir à n’importe quel moment et elles te serviront uniquement pour coudre.

- Pourquoi les as-tu achetés ? Et avec quel argent ? J’ai entendu dire que ces fioles permettaient d’élaborer des coutures merveilleuses et qu'elles étaient très chers.

- Je ne l’ai ai pas acheté, je les ai échangé.

- Et contre quoi grand-mère ?

Elle ne le regarda pas et changea de conversation.

- Dans ce livret de couture, tu vas certainement pouvoir découvrir à quoi peuvent servir ces flacons.

Il feuilleta les pages et remarqua une langue inconnue.

- Ce n'est ni du français, ni de l'anglais, je ne reconnais pas cela ?

- J'ai demandé à la marchande de ma traduire quelques mots mais sans succès. 

- Il y a des triangles et des cercles bizarres ? C'est des mathématiques avec des lettres et des chiffres...Valentin ou Cannelle  vont pourvoir m'aider.

Tu as raison, demande cela à tes amis, car ton grand-père et moi n'avons pas pu le savoir.

Il prit rapidement dans sa main, une boite ovale.

- Celle-là c’est moi qui te l’offre. C’est un petit fer à repasser.

- Mais il n’y a pas de fils électrique ?

- Quand tu l’utiliseras, tu verras, il fonctionne à merveille. C’est ton grand-père qui l’a confectionné. Il ne fonctionne que la journée.

- C’est génial, et si étonnant.


Ti-Cœur referma sa valise un peu tristement de quitter ses grands-parents.

Man Angel le consola tout de suite.

- Tu reviendras bientôt. C’est un stage d’un mois et c’est promis, ton grand-père et moi allons venir te voir.

- J’ai entendu dire que cet atelier possède des techniques remarquables pour les réalisations de vêtement d’exception.


Ti-Cœur avait senti qu’une question gênait Man Angel, et il lui redemanda.

- Man, contre quoi as-tu échangé les flacons ?