TOME 4-Chapitre 1 Le Thymothy Stages

 

TOME 4

 Ti-Cœur ANGEL et les Alizés d’Argent des Caraïbes 

 

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

 

Chapitre 1

Le Thymothy Stages


Dans la belle ville du François, située sur la côte Atlantique de l’île de la Martinique, une multitude d’ouvriers, s’affairaient dans diverses pièces d'une villa, implantée dans une ancienne maison coloniale, appartenant au jeune styliste international Thymothy Hongres.

Le couturier de 26 ans, avait délaissé pendant les mois de juillet et d’août, son atelier de couture dans le quartier de Fort-de-France à Balata, pour privilégier l’ouverture de stages de qualité dans la commune du François.

 

Une large galerie entourait la demeure constituée de linteaux de baie en ars parcellaires. Dans une partie de la loggia, une ossature en bambou formait des pièces complémentaires. Un podium pour les défilés de couture trôna dans la salle des milles feux, et s’ouvrait sur une annexe pouvant contenir 300 personnes. Celle-ci était réservée pour un prochain défilé.

Les aménagements venaient de se terminer dans cette ancienne usine de distillerie de rhum, renommée « Le Thymothy Stages », qui s’étendait sur cinq hectares de terre au Cap Est de la ville du François.

Dans son atelier, le jeune couturier pilotait l’agencement, tout en donnant des ordres aux employés.

-         Je vous complimente Arthur Levitt, dit le styliste en regardant le travail du constructeur. Vous avez bien œuvré pendant ces trois derniers mois.

-   Conformément à vos instructions, la maison possède des fondations antisismiques. Les pièces ont aussi été restructurées selon vos instructions. Cependant des ajustements sont réalisés avec les éléments laissés sans indications. Ainsi, mes ouvriers et moi-même avons dû improviser.

-         Tout est à mon goût, pour le moment ! S’exclama Hongres qui venait de visiter l’étage, comprenant quatre pièces réservées aux appartements du styliste.

Les murs aux couleurs blancs cassés, donnaient d’un côté sur le vaste jardin agrémentés d’une fontaine, et de l’autre, sur des fenêtres ouvertes vers l’océan atlantique.

-         Le stage est le deuxième de cette saison, et je tiens à le réussir, sans les mauvaises surprises du mois de février dernier.

-         Oui, j’y veillerai, et ce lieu cela sera une véritable pension pour nos petits couturiers, affirma le styliste à sa couturière en chef, Ernestine Marlifricota.

-         Trois semaines de travail intensif vont se dérouler ici, déclara le jeune couturier, en regardant Marlifricota, dandiner de la tête en signe d’approbation.

Vêtue d’une salopette violette décorée de petites roulettes sur les épaules, la couturière en chef, âgée de trente-deux ans aspirait ardemment à travailler pour un jeune styliste aussi doué.  Celui-ci se demandait à quoi cela pouvait bien servir les roulettes, car elle portait souvent des tenues extravagantes. Ce fut en lui présentant une robe qu’elle avait confectionnée, qu’il la recruta au début du mois de janvier.

Avant de lire son CV, Hongres examina le vêtement sous toutes ses coutures. Il évalua le tissu, inspecta certaines finitions sous une loupe, essaya la robe, et réajusta la ceinture.

Un fou rire avait rompu l’atmosphère.

-         Vous riez parce que je suis ridicule dans votre robe?

-         Non, ce n’est pas cela, monsieur Hongres, s’excusa Marlifricota.

-         Donc, vous trouvez que votre robe est ridicule ?

-         Je ne voulais pas rire.

-         Vous aurez une réponse prochainement, avait-il dit en écourtant l’entretien.

Une semaine après, un courrier de Balata lui parvenait.

« Nous avons le plaisir de vous annoncer votre admission dans Le Thymothy Stages de la ville du François. Vous commencerez fin janvier. Veuillez contacter le secrétariat pour les modalités du contrat. »

Madame Marlifricota quitta du jour au lendemain son travail de serveuse qu’elle n’appréciait guère. Elle prit soin de prendre tous les articles se rapportant au jeune couturier, et fit un carnet qu’elle garda toujours dans ses bagages. Son passe-temps, la couture,  allait maintenant la faire vivre !

Il lui fit choisir entre deux appartements de fonction. Elle opta pour celui qui donnait sur le parc. Ainsi, en traversant la cour fleurie, elle entrait directement dans les dépendances, comprenant les dortoirs aménagés, installés dans l’ancienne rhumerie. Dans ce lieu, la couturière en chef pouvait observer l’aile sud de la demeure avec l’atelier principal.


Soudain, une fenêtre donnant sur la terrasse s’ouvrit, et Justine Berlingot la cuisinière, d’une cinquantaine d’années, passa sa tête entourée d’un madras, en interpellant le styliste.

-         Monsieur Hongres, le repas est prêt pour vos invités. Ils arriveront bien dans la soirée ?

-         Oui Justine.

-         Alors, il vous suffira de réchauffer.

-         Merci pour votre service.

-         A votre disposition monsieur Hongres, et bonne réception.

-         Les élèves de l’école des « Petites Mains » de madame Sinter vont bénéficier de très bonnes conditions pour exécuter les directives ! Remarqua Marlifricota en plaçant ses lunettes à double foyer au-dessus de son front, tout en regardant la salle.

Des tables de couture flambant neuves, garnies de plusieurs tiroirs remplissaient la pièce. Les stagiaires disposaient de mini tables d’assemblages, qui se dépliaient, pour permettre le découpage aisé des patrons.

-         Que c’est beau! Dit Hongres admiratif.

-         Que c’est beauauu ! Répéta Condor, son perroquet.

-         Tiens, je l’avais oublié celui-là. J’aurai dû le laisser à Balata !

Tout à coup, l’animal s’envola de son perchoir, pour atterrir sur la longue vue. Puis, il frôla la cuisinière, et fonça sur Hongres. Celui-ci l’esquiva en se cachant sous une table.

-   Mais qu’est-ce qui lui prend ? Qui l’a détaché ?

-         Sa cordelette a cédé, monsieur Hongres, dit la cuisinière embarrassée. Elle se déplaça dans les rangées pour essayer d’attraper l’ara.

-         Condor vaut de l’or ! Rabâchait inlassablement l’animal. Il cria et vola subitement en faisant sursauter les ouvriers. Ensuite, il se posa sur un mannequin.

-         Viens mon beau. Murmura Hongres en se dirigeant doucement vers lui.

-         Beau, que c’est beauuuu ! Répéta l’animal en s’arrachant une plume.

-         Je sais que tu m’en veux, je n’ai pas pu te consacrer suffisamment de temps ces jours-ci.

-         A l’abordage ! Cria l’ara.

-         Pourtant, j’ai nettoyé ta cage ce matin, je t’ai caressé sur le top de ta tête ?

-         Condor vaut de l’or !

-         Si tu continues à m’imiter, tu ne vaudras plus rien ! Tonna Hongres, en perdant patience, alors qu’il préférait se concentrer sur les tâches nombreuses à effectuer.

 

Marlifricota fit un sautillement et attrapa la cordelette qui pendait. Puis, elle emmena tranquillement l’animal vers l’escalier menant à la terrasse ornée de treillages. Elle le confia à la cuisinière en lui conseillant.

-         Laissez-le en liberté dans la verrière.

-         D’accord madame Marlifricota.

Lorsque qu’elle referma la fenêtre, les interventions de l’ara diminuèrent.

-         Merci, c’est plus calme maintenant, dit Hongres en souriant.

Puis, il observa la salle.

 

On dirait qu’il manque quelque chose dans mon atelier, dit Hongres en se frottant le menton.

-         Mon bureau ! Où est mon bureau et celui de ma couturière en chef ?

-         On va découvrir en premier celui de votre couturière, expliqua Arthur Levitt.

-         Regardez tout d’abord le carrelage.

-         Il y a plusieurs traits, constata Marlifricota.

-         On dirait des rails ! Remarqua Hongres étonné.

-         Oui, et ils sillonnent l’atelier ?

Le maitre d’œuvre s’éloigna pour ouvrir deux grands panneaux.

 Hongres et Marlifricota  découvrirent un objet placé sous un drap blanc. Soudain, Arthur Levitt, le souleva et dévoila un  large bureau entouré de placard aménagé pour la couture. On y distinguait des bobines de fils, dans des bocaux de multiples ciseaux de toutes dimensions. Puis, il s'assit et actionna un volant et se dirigea vers eux.

-       Oh ! C’est une voiture ?

-         Non, un train !

Ils s’installèrent à l'intérieur. Puis, après avoir manipulé des boutons, le bureau en forme de locomotive s'ébranla de nouveau.

Les rails s’illuminaient au passage de la machine.

-          Comment avez-vous fait ? S’étonna Thymothy.

-         Je pédale, tout simplement. C’est un bureau superviseur qui fonctionne comme un vélo. Il peut aller de table de travail, en table de travail et possèdent deux vitesses.

-         C’est pour cela que les bureaux des stagiaires sont éloignés de trois mètres !

-         En effet, et d’autres fonctions existent. Vous les découvriez en lisant le manuel.

-         C’est merveilleux, dit la femme en se jetant dans les bras de l’homme gêné.

-         Mais comment avez-vous fait cela ?

-         Souvenez-vous des croquis que vous m’avez envoyés, en me précisant que vous vouliez l’impossible.

Ravis, ils firent lentement tour de la pièce.



Il est temps de voir votre bureau, déclara Levitt, en revenant au point de départ.

-         Le voilà !

Il montrait le centre où se rejoignaient des miroirs qui permettaient de rendre la pièce nettement plus grande.

        - Où cela, je ne vois que des artifices, dit Thymothy Hongres.

      - Votre bureau est bien là, dans un cabinet de travail, répondit le maitre d’œuvre.

     - Derrière les miroirs.

    - Oh! Et pourquoi derrière ?

     - Vous m’aviez précisé que vous vouliez surveiller les stagiaires sans qu’ils soient gênés par votre regard. 

     - Vous pourrez aller les voir directement. Mais l’option peut être interrompue à tout moment.

 

Hongres compris d’où venaient ces nouvelles dispositions en observant la couturière en chef, qui rougissait. Elle était intervenue dans son projet et avait amélioré l'ensemble.

-         On reparlera toute à l’heure de cela.

 Ensuite, Arthur Levitt lui présenta les croquis des miroirs rabaissés où l’on distinguait une pièce circulaire, une large table de travail, une machine à coudre, une table à repasser, ainsi que des canapés et des fauteuils pour recevoir des invités.

-         Formidable ! Mon bureau au centre, et sur cette estrade ? C’est bien cela ? Déclara le couturier en s’y précipitant.

-         Oui, mettez-vous à votre aise, dans votre office manager, et voyez par vous-même, lui répondit Arthur Levitt.

 Thymothy, heureux comme un gamin, s’en alla vers le bureau, et s’assit.

Puis, il actionna une pédale à l’ancienne, sous le bureau, qui pivota en douceur.

-         Oui, elle tourne !

-         C’est-à-dire ?

-         C’est fabuleux ! Et il y a même un escalier.

-         Il conduit directement à vos appartements.

-         C’est gigantesque ! Avec toutes ces nouvelles dispositions, nous pourrons contrer la concurrence et viser les marches d’Amérique centrale et du sud !

Soudain, il s’arrêta :

      - J’espère que les enfants travailleront dans les temps impartis, murmura-t-il à Ernestine Marlifricota.

       - J’ai bon espoir que nos ennuis seront bientôt terminés, confirma tout bas, la chef couturière.

    - Comme cela, je ne leur devrai plus rien, déclara Thymothy Hongres le visage sombre en pensant au piège dans lequel il était tombé quelques mois auparavant. (…)