TOME 3-Chapitre 4 Les facéties de Laviedrôle 2/3

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TOME 3 Chapitre 4

Ti-Cœur ANGEL

&

L’Apothicaire

 

TOME 3-Chapitre 4 Les facéties de Laviedrôle 2/3

 

Ti-Cœur se retourna plusieurs fois pour s’assurer que personne ne l’avait vu emprunter le chemin.

Ensuite, il passa dans un sentier bordé d’ixoras et de bougainvilliers, puis arriva derrière l’école de couture sur un terrain entretenu jonchés de gros vases de poteries décorés de pilastres, dans lesquelles poussaient des rosiers.

Madame Sinter et sa fille habitaient dans le pavillon à l’étage au-dessus de l’école.

-   Il faut qu’on accorde nos propos, annonça Cannelle.

-   Oui et je vais dire la vérité, décida Isa Jorcel.

-   La vérité ? C’est que tu dois m’écouter !

 

Cannelle remarqua la lettre posée sur la table. La patronne n’avait pas eu le temps de l’apporter avec elle quand elle l’avait surprise dans son bureau. Elle s’en empara et lu le courrier sous le regard réprobateur de sa collègue apprentie.

 

-      Que faites-vous sur la terrasse ? Demanda Ti-Cœur en faisant sursauter les jeunes filles.

-    Il manquait plus que toi ! Répliqua Isa Jorcel, excédée.

       -    On a été surprise par Madame Sinter.

       -      Tu as été surprise, riposta Isa. Je t’avais prévenue que tu ne devais pas rester dans l’atelier.

 

En évitant de lui répondre, Cannelle se précipita vers son ami, mit sa main dans sa poche et puis arrêta son geste en disant.

-   Isa ?

-   Quoi !

-   Tu veux bien te retourner.

-   Pourquoi cela ?

-   Bon si tu veux être celle qui a vu Ti-Cœur et a qui j’ai donné quelque chose.

La jeune fille compris et se retourna vivement en disant.

-  Je n’ai rien vu, je ne vois rien et je ne sais pas de quoi tu parles ! Je tiens à garder ma place dans cette école.

Elle demanda à sa voisine de faire le guet.

- Et puis quoi encore ?

- Si Ti-Cœur se fait prendre, la patronne te demandera pourquoi tu ne l’as pas averti et je serai obligée de lui dire que tu participais aussi à cela.

- Bon, j’ai compris, répondit la fillette qui s’éloigna.

 

Contente d’observer cette attitude, Cannelle livra au jeune mulâtre le bout de papier déchiré, en lui disant.

         -    Ti-Cœur, je crois que j’ai trouvé ce que tu cherchais.

 

Ti-Cœur survola le feuillet, puis ravi le plaça dans la poche de sa chemise à carreaux. 

- C'est exactement l'information qui me manquait ! S'exclama Ti-Cœur ravi.

- Madame Sinter va remarquer que tu as arrachée sa page. 

- Elle ne consulte pratiquement pas ses vieux albums. Il y avait d’ailleurs de la poussière dessus. Et d'ici là, j’aurai le temps de remettre cette page et de la coller. 

         Cannelle lui montra la lettre restée sur la table.

      - Je te conseille de la lire.

     Ti-Cœur lu la lettre avec effarement.

                 - C’est une catastrophe si l’école des Petites Mains ferme ! Qu’est-ce tu as entendu d’autre ?

 

     Tout à coup, la cloche qui annonçait la reprise des cours résonna.

-        Je dois y aller, dit le garçon.

- On parlera de cela plus tard, ajouta Cannelle.

Le garçon s’échappa vivement pour rejoindre l’entrée du bâtiment.     Il refit discrètement le tour de l’école.


Pendant que les élèves se rangeaient deux par deux, la patronne se tourna vers le styliste.

-      Thymothy je vous invite à diner. Si vous voulez bien, nous reprendrons notre conversation ce soir.

-      Ce serait avec plaisir madame Sinter, mais je suis déjà invité.

-   Puis-je vous demander chez qui ?

-  Je suis convié à la table des Angel.

-  Oh, vous ferez certainement un très bon repas. Madame Angel est une excellente cuisinière.

       -   Oui, j’ai déjà gouté à ses plats délicieux.

-      Alors je vous attends, dimanche à midi. Nous serons en compagnie de notre nouveau curé.

-   Le prêtre Justin ne fera pas d’office ?

-    Non, hélas, il est malade depuis un mois, dit la femme en se dirigeant vers la porte d’entrée.

- Je croyais qu’il avait une simple grippe.

- Son état s’est dégradé.

Soudain elle baissa la voix

- Il était dans son jardin quand une mauvaise herbe a entaillé son pied.

- Vous parliez de grippe.

- Non, c’est vous qui parliez de cela. Thymothy Hongres pensa à l'étrange similitude de son cas.

Elle regarda les enfants se réunir.

-    Nous en discuterons dimanche. Je vous présenterai le prêtre Antoine Alter, annonça-t-elle. Il est remarquable, et depuis qu’il est arrivé l’église de désemplit pas.

Augustine Sinter regarda le ciel dégagé. Elle soupira en observant l’agitation au fond de la cour. Elle ne se sentait plus de vigueur pour parler aux élèves.

 

-        Vous allez bien madame Sinter ? Je vois que la nouvelle vous a un peu affectée. Il faudra tenir bon.

-  Merci Timothy de vous préoccuper de cela. Vous voulez bien dans cinq minutes faire rentrer les élèves ?

Le styliste approuva et partit dans la cour de récréation, où les enfants commençaient à se ranger. Il les trouva dissipés.

Certains se cachaient les uns derrières les autres, ou s’enfuyaient sous le préau. Quelques filles criaient en grimpant sur les bancs.

-   Que ce passe-t-il ? Demanda Ti-Cœur étonné.

- C’est « Laviedrôle » qui vient de débarquer dans la cour ! Alerta Louise Mouitel, effarouchée en montant sur un banc.

-   Tu as peur de ce pauvre chien ?

-   Il est remplit de poux !

-   Et il mord, répondit Suzie Sinter.

L’animal aux poils ras, noirs, aboya. Son poitrail robuste effrayait les enfants. Ti-Cœur aimait voir ce chien, de pédigrée braque, dont la queue coupée, frétillait toujours doucement.

Il sourit en les rassurant.

-  Il ne fait que traverser.

- Il vient de chiper mon dessert que j’avais déposé sur le banc pendant que je faisais la marelle, se plaignit une couturière.

-   Qui a laissé la barrière ouverte ? S'écria Thymothy Hongres.

-  Madame Sinter vous a toujours dit de fermer les portails de l’école ! Ajouta-il. Vous savez pertinemment ce que risque la personne qui a fait cela.

- Qu'elle se dénonce ! S’écria Suzie Sinter.

Ti-Cœur anxieux constatait que le chien errant venait de passer par le portail entrouvert qu'il avait oublié de refermer derrière lui !

 

La suite le samedi 26 février 2011