TOME 3-Chapitre 1 La précieuse fiole

 

 « Tous droits réservés, Joëlle JEAN-BAPTISTE »

(Publication des 5 premiers chapitres) 

TOME III

Ti-Cœur ANGEL

et

l’Apothicaire

 

N°1

La précieuse fiole

 

Au centre d’un magnifique jardin tropical de la Martinique, s’étendait sur les hauteurs du quartier de Balata, une jolie maison au toit en pagode et aux volets bleutés.

Le styliste renommé Thymothy Hongres, venait de se lever. Il enfila par-dessus son pyjama une robe de chambre satinée et se dirigea vers la fenêtre. Sa fine silhouette svelte, se détachait à travers les premiers rayons du soleil.

 

En ouvrant les persiennes, l’embrasement ensoleillé, inonda la terrasse fleurie. Autour des petits réservoirs suspendus aux poutres, une farandole de colibris se relayait.

 

Il s’achemina dans le patio, où, sur une petite table ovale se trouvait une grande cage ambré, ouverte.

 

Condor, son superbe perroquet installé sur son perchoir, se frottait le bec d’avant en arrière contre le quadrillage.

Il conversa quelques instants, avec lui :

-   Bonjour Condor ! Dit-il en le saluant.

Il caressa son ventre rouge vif jusqu'à la queue, et reçu sur la main une rafale de petits coups de bec. L’animal étira sa tête vers le bas, en déployant ses deux ailes en demi-extension.

-   Alors, tu as bien dormi ?

-   Condor vaut de l’or ! Lui répondit l’ara, tout en nettoyant ses plumes.

 

Thymothy sourit, en se remémorant ce jour, où, en parcourant la route de la Trace, il l’avait trouvé groggy, tombé d’un arbre. Il le recueillit, et le prit tout de suite en affection. Celui-ci avait grandit très vite.

 

Le jeune styliste contempla les allées d’hibiscus et de broméliacées, serpentant le jardin, au dessus duquel des tourterelles et des merles volaient à tir d’ailes, en quêtes de nourriture pour leur progéniture.

Ensuite, il avança pieds nus sur le plancher en châtaigner ciré, et entra dans sa salle de bain aux larges parois de bambous verni. Par la fenêtre, il pouvait contempler son perroquet, qui au dessus de sa cage criait à tue-tête :

-   Condor à tribord !

 

Depuis leur retour de l'excursion en bateau, (1) l’animal avait rajouté plusieurs termes à son vocabulaire.

 

Thymothy se doucha. Puis quelques minutes plus tard, alluma le  ventilateur du plafonnier. Lorsque les larges pales en bambous, tournèrent silencieusement en apportant une douce brise, il s’installa devant sa large table de manucure. Sa femme de chambre, Éléonore Bocarde, lui avait préparé, comme à son habitude dans une large jatte, une application fumante.

Que lui avait-elle concocté ? Celle-ci lui recherchait des essences et des herbes rares, particulièrement recommandées pour entretenir ses mains, qu’il considérait comme son indispensable outil de travail.

 

Le jeune couturier de 24 ans, souleva le couvercle du récipient, s’empara d’un thermomètre et le trempa dans le liquide. Il lut la température et les consignes indiquées sur une petite feuille transparente.

 

Ensuite, il ouvrit les tiroirs du meuble remplis de petites fioles et de lotions étiquetées. Il en sélectionna plusieurs, et versa des gouttes d’huile de bourrache, d’onagre, d’amande douce et de néroli. Il fit glisser la vitre d’une étagère, prit dans un bocal une poignée de pétales de lys blancs, et la répandit dans le récipient fumant.

Puis, il déboucha un petit flacon de parfum en verre soufflé, ajouta dix gouttes d’huiles essentielles de jasmin, et remua lentement les substances.

 

Après avoir réglé sa minuterie, pour respecter minutieusement le temps de pause indiqué, il déposa délicatement ses deux mains dans la coupelle odorante.

 

Le bain manuel tiède le revivifiait. Il huma le parfum aux huiles essentielles, qui se répandait dans la pièce et ferma les yeux, en fredonnant de satisfaction. Alors, apaisé, il laissa reposer sa tête sur le haut dossier de sa chaise créole capitonnée, et somnola.

 

Thymothy pensait à sa première journée de travail qu’il effectuerait, à Saint Pierre, dans l’école de couture de madame Sinter, les « Petites Mains ». Invité à un stage d’initiation, son but serait d’aider les élèves à réaliser des vêtements gracieux, avec leurs accessoires. Les apprentis couturiers, allaient ainsi être formés durant les mois d’avril à juin.

 

La réputation d’Hongres dans ce domaine de la couture, s’était accrue. Il avait déjà collaboré à la réussite d’une collection américaine, qui lui avait valut un prix international américain.

 

Cependant, en septembre, il se donnait pour objectif de travailler avec les meilleurs apprentis couturiers des « Petites Mains ». Son ambition consisterait à terminer sa première collection prévue pour l’automne à Fort-de- France.

Il se souvenait du jeune mulâtre, Ti-Cœur Angel et de Cannelle Cokar, lors de leur participation au Dé d’Or. (1)

 

La minuterie venait de sonner. Le couturier émergea lentement ses mains  et les essuya avec une serviette de bain parfumée à la lavande. Puis, il plaça un un masque blanc pour couvrir son nez et sa bouche. Ensuite, il sortit d’une alvéole une boite en fer blanc, à l’inférieur de laquelle se trouvait une fiole précieuse à pâte de verre orange, et ocre. Il la déboucha délicatement, se concentra pour verser dans son récipient, trois gouttes du produit miraculeux.

Lorsque la première goutte tomba, il y eut une effervescence dans l’eau. La deuxième, provoqua un dégagement de vapeur mauve et un bouillonnement étonnant l’activa.

Tout à coup, un poids agrippa à son épaule.  Thymothy lâcha le flacon qui se brisa sur le sol.

 

Un grand malheur venait d’arriver !

 

(1)  Voir le TOME 2 Ti-cœur ANGEL et le Trésor des Flibustiers

 



Suite du chapitre N°1 le mercredi 6 octobre 10



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