TOME 2-Chapitre 5 Des lettres d'encre cyan

"Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE"

N°5
Des lettres d'encre cyan
 Partie 1/3
 
Au cours de la matinée, les Petites Mains participèrent à la réalisation des habits du concours du Dé d’Or.
Afin que ses élèves aient en permanence devant eux, les instructions pour la confection des costumes, madame Augustine Sinter déploya le tableau mural, scindé en trois faces. Elle commença à recopier au centre du tableau, de sa belle écriture aux majuscules en volutes et aux lettres arrondies, les directives de la lettre du concours, que Corentyne Clèves Vallier lui dictait.
Brusquement l'élève s’écria.
 - Madame Sinter, la lettre comporte d’autres indications !
 
 Son interpellation fit sursauter les élèves, y compris la patronne, dont la craie dérapa dans un crissement désagréable, en s’écrasant sur le sol.
 
 - Ah ! Mes aïeux ! Ca qui ka rivé ou (1) s’exclama t’elle en virevoltant.
 - Qu’est-ce qui se passe ? Demandèrent les apprentis inquiets, qui  voulurent se lever pour la rejoindre.
- N’y pensez même pas ! S’écria madame Sinter en frappant sa règle sur son bureau.
 
 Ils se rassirent immédiatement.
 
- Heu, j’ai oublié de vous lire d’autres lignes. Pourtant, c’est écrit en tout petit, en bleu-vert, dans la lettre, ajouta timidement Corentyne.
 - Mademoiselle évitez de crier à l’avenir, et redonnez-moi votre lettre, ordonna fermement madame Sinter qui se reprit aussitôt.
 
Elle s’abstenait de parler en créole aux élèves. Toutefois, trois langues étaient admises dans l’atelier : le français, l’anglais et l’espagnol.
 
- En effet, il s’agit de lettres d'encre cyan, annonça la patronne. Puis, elle sortit une loupe de son tiroir, et observa l’écriture. Surprise, elle lut à haute voix les recommandations :
 
- « Des accessoires divers et originaux, devront mettre en valeur les costumes. Les habits seront obligatoirement cousus à la main ». Heureusement que vous avez remarqué ce détail maintenant mademoiselle ! Précisa-t-elle. Étant donné que le concours du Dé d’Or est prioritaire, une collaboration immédiate de tous s’impose.
 
 Madame Sinter, que les élèves attentifs, considéraient comme la reine de la couture, leur annonça.
 
- Tout d’abord, je dessinerai les patrons, c’est-à-dire les modèles des deux costumes sur du papier calque.
 
Puis, elle prit une craie rouge, et sur la surface gauche du tableau, inscrivit ses instructions, tout en s’adressant aux élèves.
 
- Ti-Cœur Angel choisira les textiles avec Corentyne, et à l'aide des patrons, il procédera avec  Pétunia Brayas, au découpage des tissus.
 
La fillette sourît en laissant apparaitre son appareil dentaire gris. Le jeune garçon satisfait, observa Guy Vallier, tout aussi heureux de ne plus travailler en binôme avec lui. (…)
 
 -Agathe Berlinguer et Guy Vallier se chargeront de l’assemblage des vêtements, et du faufilage, sous la direction de Corentyne Clèves Vallier. (...)
 
Ces derniers temps, Agathe qui avait de gros problèmes de justesse dans la découpe, refusait de mettre ses lunettes, sous prétexte qu’elles l’enlaidissaient.
 
 - Agathe, je ne supporterai pas que vous gâchiez encore une robe. Alors, remettez tout de suite vos lunettes !
 - Oui, madame Sinter, bredouilla la jeune couturière, en les sortants de sa poche. (…)
- Louise Mouitel, Suzy Sinter, Ignace Trézel, et Maxime Hérisau s’occuperont des accessoires. Puis, vous les intégrerez l’ensemble aux vêtements.
 
 - A travers cette participation au Dé d’Or, notre atelier devra démontrer sa maitrise et son savoir-faire. Une victoire pourrait accroître notre carnet de commandes ! (…)
 
Tout à coup, quelqu’un frappa à la vitre de l’atelier de couture. Madame Sinter ouvrit la fenêtre. Les élèves ne furent pas étonner d’entendre la voix de monsieur Pascalin Calamars, le concierge de l’école, qui pour éviter d’interrompre les cours en y pénétrant, transmettait souvent des lettres ou des objets à la patronne. (…)
 
Suzy, la fille de madame Sinter, dit tout bas
 
 - Pourquoi Corentyne a été choisie, pour participer, et représenter l’atelier de ma mère, au Dé d’Or ?
Louise Mouitel sa copine, une jolie indienne, aux longs cheveux noirs d’ébène tressés murmura ;
- Elle a eu de meilleures notes que toi. Elle est arrivée première ex-éco avec Ti-Cœur, dans deux trimestres sur trois cette année. Tu es la deuxième, avec Guy.
 
- Regarde comme ma mère lui parle, elle la cajole. Et puis t’as entendu sa façon de lire sa feuille du concours. C'est une prétentieuse ! Elle ne gagnera jamais le dé d’Or !
 
 Suzy, jalouse de cette situation, avait visiblement envie de lui mettre des bâtons dans les roues.
 
- Mais si elle ne gagne pas ce concours prestigieux, c’est l’atelier de ta mère qui en pâtira.
- Flute, je n’y avais pas pensé. De toute façon, j’ai ma petite idée pour tester son fameux savoir-faire.
 
 Elle lui parla à l’oreille de son étrange projet.
 
- Non ! Tu ne feras pas cela tout de même.
- Si ! Et à part toi, personne ne saura notre projet.
 
- Notre projet ? Mais c'est le tien ! S'indigna Louise.
- Le notre ! Insista Suzy. (…)
 
Louise finalement acquiesça. Elle était sous l’emprise de Suzy et n’osait la contredire, pour ne pas perdre son amitié.
 
- Silence les enfants ! Dit Madame Sinter en remarquant les bavardages des apprentis. (…)
 
Celle-ci remercia le concierge en refermant la fenêtre, puis ouvrit une enveloppe dans laquelle se trouvait une lettre qu’elle examina.
 
- Dieu soit loué ! S’écria madame Sinter ravie.
 
 Quelle nouvelle contenait t’elle ? (…)
 
 (1)Que vous arrive t-il ?
 
 
(...) Confidentialité dans la série Ti-Coeur ANGEL
 
 

"Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE"
 

N°5

Des lettres d'encre cyan

Partie 2/3

Augustine Sinter ravie, annonça la bonne nouvelle aux « Petites mains ».

- Les enfants, Monsieur Calamars vient de me remettre une lettre. Elle la déplia entièrement.

- Je tiens à vous révéler le contenu. Nous allons avoir l’aide précieuse d’un couturier exceptionnel, Thymothy Hongres !

Les apprentis couturiers furent surpris et heureux.

Thymothy Hongres avait la plus grande estime des élèves.

- Quand viendra-t-il madame Sinter ? Demanda Corentyne.

La patronne parcourut la lettre.

- Il arrivera demain soir.

- Pourrions-nous aller à sa rencontre madame Sinter ? Proposa aussitôt Ti-Cœur, qui avait une admiration sans limite envers ce couturier, qui avait été l’élève de Madame Sinter.

La patronne hésita.

- C’est étrange, il annonce son arrivée par bateau sur la plage de Saint-Pierre, avant le coucher du soleil.

- Oh, il viendra certainement avec son nouveau bateau, ajouta Ti-Cœur.

- Donc, quand les cours seront terminés, nous irons à sa rencontre maman ? Demanda sa fille surexcitée.

En regardant les yeux écarquillés de sa mère, elle ajouta aussitôt après.

- Heu ! Madame Sinter, balbutia-t-elle.

La patronne ne supportait pas que sa fille, Suzy Sinter, l’appelle maman pendant la classe. Elle considérait cette attitude trop familière.

- Je préfère cela, mademoiselle Sinter, rétorqua t’elle. Ti-Cœur, vous parliez d’un nouveau bateau ?

- Oui madame, je crois.

Ti-Cœur n’en dit pas plus, car il n’avait pas envie de partager avec toute la classe ce que Thymothy Hongres lui avait montré. Il en avait déjà trop dit.

- Bon, alors si c’est vers le coucher du soleil, je n’ai aucune autorisation à vous donner. Et je vous déconseille d’y aller.

- Pourquoi madame Sinter, demandèrent plusieurs élèves.

- Parce qu’il s’agit d’une simple information de monsieur Hongres. Il peut arriver bien plus tard. Et vous avez cours demain. Il m’explique qu’il logera dans la maison d’hôte Zanzibar City, de madame Misali.

(…)

- Oh le pauvre ! S’exclamaient les enfants.

- Houlà !

- Cela suffit les enfants ! Évitez les commentaires inutiles, ajouta la patronne. Il sera très bien installé dans cette maison.

Sur la façade de la maison d’hôte, de multiples poisson-papillon de Zanzibar avaient été peints et cela attiraient les visiteurs. La propreté, le silence et les jolies décorations, relevaient son habitation. (…)

Cependant, plusieurs personnes savaient que madame Misali avait la mauvaise habitude de surveiller ses locataires. Lorsque ceux-ci partaient en excursion, ou visiter les ravissants endroits de la ville de Saint-Pierre, il lui arrivait régulièrement de fouiller dans leurs habits, par curiosité. Les hôtes installés à l’étage, la voyaient parfois débarquer chez eux, pour discuter. Elle observait aussi leurs faits et gestes, leurs habitudes et leurs déplacements dans l’habitation.

Un jour Ti-Cœur qui venait de lui apporter ses courses, l’avait surprise avec un verre, collé au mur pour écouter les conversations de l’étage. Elle avait fait celle qui voulait attraper un insecte. Ti-Cœur, n’avait pas été dupe par sa façon d’agir. (…)

Les enfants la comparaient à une pieuvre aux multiples tentacules, qui représentaient des yeux.

(…)

- Je vous précise que les cours de l’atelier seront déjà terminés, continua la patronne de l’atelier. La responsabilité d’aller à la rencontre de monsieur Hongres n’est pas de mon ressort, mais, relève de vos parents les enfants.

Plusieurs enfants étaient déçus, car ils savaient que leurs parents ne les autoriseraient  pas d’aller vers la plage à cette heure.

Par contre, Guy Vallier souriait. Ti-Cœur lui renvoya son sourire en montrant ses dents blanches.

Les petites mains se mirent à travailler toute la matinée, sous les recommandations d’Augustine Sinter.

Après le repas, les enfants s’installèrent dans la cour, pour déguster leur dessert.

Corentyne et Cannelle lui posèrent des questions sur les relations qu’il avait eu avec celui qu’elles considéraient comme un exemple de futur grand couturier.

Ti-Cœur, ravi de l’attention que lui portaient ses camarades, leur raconta le stage de deux semaines, qu’il avait effectué à bord de son atelier flottant. (…)

Guy Vallier sorti de l’atelier, et rejoignit ses compagnons. Puis, il s’installa sur le banc, à l’ombre, en face de Ti-cœur et Cannelle, qui discutaient joyeusement.

- Qu’est-ce qu’il raconte celui là, dit-t-il, à ses amis. S’il croit que je le laisserai prendre, et trouver le Trésor des Flibustiers que ma famille a si longtemps chercher, il se fait des illusions !

- Tu as raison, renchérit Maxime Hérisau.

Guy déballa son repas, l’entama et soudain le posa sur le banc pour se rapprocher de Ti-Cœur qui épluchait une orange.

- Je croyais que tu n’avais pas de dessert ?

- On me l’a donné.

- Dis-moi, t’avais l’air heureux de savoir que Thymothy Hongres serait là demain soir, même tard.

Ti-cœur acquiesça.

- Comment feras-tu pour y aller ?

- Cela te regarde ? Tu es ma nourrice maintenant ?

Les jeunes filles se mirent à rire.

Guy rougit, et ajouta vexé.

- Tu vas me faire avaler que tes vieux schnoques te laisseront y aller ?

Ti-Cœur se leva d’un bond et le toisa.

- Et d’un, un peu de respect ! Mes grands parents ne sont pas mes vieux schnoques. Et de deux, occupe-toi plutôt de ton repas, j’ai comme l’impression qu’il sera gâché, ajouta-t-il en regardant par-dessus son épaule.

Un chien errant traversa la cour, et se jeta sur le sandwich de Guy, puis parti en emportant son déjeuner.

Guy se retourna, et compris l’allusion de Ti-Cœur.

- Oh, la sale bête ! Cria t’il hargneusement, en découvrant cela.

- Fermez la barrière ! S'écria Madame Sinter en vain, en regardant le chien refaire le chemin inverse pour s’échapper dans la ville.

Puis, fâchée, elle reprocha vivement aux apprentis élèves d’avoir encore laissé entrouvert le portail de l’atelier.

 

(…) Confidentialité de la série Ti-Cœur Angel.

 

La suite demain, le dimanche 20 décembre 09.

 

"Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE"

N°5
Des lettres d'encre cyan
 Partie 3/3
 

Pendant que madame Sinter refermait la barrière, en vociférant contre les enfants présents dans la cour, une des Petites Mains s’approcha de son bureau.

Pétunia Brayas venait de terminer son dessert. Elle rentrait pour se laver les mains, quand elle fut attirée par un petit bruit sur le secrétaire de madame Sinter.

Un zendoli(1) venait de bondir pour attraper une mouche, lorsqu’il renversa un encrier. Avant que l’encre n’entache les documents de sa patronne, la jeune apprenti souleva les objets et déplaça les dossiers.

Puis elle prit l’enveloppe contenant la lettre annonçant la venue de Thymothy Hongres.

Deux petites chaines au bout desquelles des médailles étaient suspendues glissèrent, dans ses mains. Sur l’une d’elle était inscrit en tout petit « Pour Ti-Cœur Angel.  »

La jeune apprenti n’eut pas le temps de lire l’autre étiquette, qu’elle laissa échapper. La chaine tomba dans les fentes du sol en bois.

Pétunia resta avec l’enveloppe dans la main, et remit l’autre chaînette rapidement à l’intérieur. Elle voulu chercher celle qui était tombée lorsque Suzie Sinter et Louise Mouitel entrèrent.

- Que fais tu avec cela dans ta main petite fouineuse ? Tu fouillais dans le bureau de ma mère.

- Pas du tout ! C’est un lézard qui…

Elle lui coupa la parole

- Donne-moi cette chaine !

Suzy lui arracha l’objet.

- Tiens donc ? Un cadeau pour Ti-Coeur Angel de la part de Hongres ?

Louise le regarda. Puis Suzie le mit dans sa poche.

- Je vais te dénoncer à ta mère, railla Pétunia.

- C’est un comble de regarder dans les documents de la patronne, et tout chambouler, clama Suzy.

- Et en plus, regarde Suzy, elle a renversé de l’encre ! S’écria Louise.

- C’n’est pas moi, répéta Pétunia exaspérée de passer pour une curieuse.

Suzy mécontente fit demi-tour pour appeler sa mère, quand Pétunia lui annonça.

- Si tu fais cela, je dirai tout ce que tu complotes, pour empêcher Corentyne de gagner le Dé d’Or !

- Quoi ? Comment le sais-tu ? Je n’en ai parlé qu’à Louise.

- J’étais présente. Un bouton s’était détaché du chemisier que je m’apprêtais à ranger pour me consacrer au travail du Dé d’Or. Oh ! Que j’aime ce concours, c’est…

- Stop, s’écria Suzy en la regardant méchamment. Va à l’essentiel. Quant as-tu pu savoir cela ?

- Heu, donc le bouton a roulé, il est arrivé sous ta table de couture. Pendant que ta mère parlait à Monsieur Calamars, j’ai pu entendre les messes basses que tu faisais avec Louise. Et même ses réponses.

Les jeunes filles furieuses d’avoir été espionnées la menacèrent.

- Si tu dis un seul mot de ce projet, tu risqueras gros.

- Et pourquoi moi ? C’est surtout vous !

- Détrompe-toi ! Nous sommes deux contre une et on dira que c’est toi qui nous a entraîné dans ce plan.

- C’est pas juste, dit Pétunia en commençant à pleurer.

- Bon alors si tu te tais, et tu ne dis rien à personne, tu ne risqueras rien.

- On est trois maintenant !

Soudain, Madame Sinter entra dans l’atelier.

- Mais qu’avez-vous fait avec les documents de mon bureau ? Quoi ! C’est la lettre de notre invité que tu as dans tes mains Pétunia ? Suzy que ce passe t’il ?

Suzy regarda Pétunia Brayas qui ne disait rien.

La fillette pensait que si elle se faisait renvoyer c’est un rêve qui s‘écroulerai à tout jamais. Elle voulait devenir une grande couturière. Et l’atelier des Petites Mains était un idéal tremplin. Il lui restait quand même une chaînette qu’elles n’auraient pas, pensa-t-elle en regardant le sol.

Rassurée par son silence, Suzy se tourna vers sa mère, et lui menti effrontément.

- Madame Sinter, Pétunia a laissé trainer un bouton que voici, et Louise a glissé dessus, elle s’est raccrochée au bureau pour ne pas tomber. Ainsi tous les documents se sont renversés, y compris l’encre. Quand j’ai vu cela, j’ai pris le maximum de dossiers, aidé par Pétunia. Et c’est pour cela qu’elle tient dans sa main la lettre que vous a envoyé Thymothy Hongres.

- Pétunia ! Une heure de retenue pour avoir été la cause de ce dérangement. Prenez des torchons pour nettoyer l’encre ! S’égosilla madame Sinter.

Lorsque Ti-Cœur Angel entra dans l’atelier, il sentit que quelque chose de bizarre s’était passé, en regardant les regards complices de Louise et Suzy.

Qu’est-ce qu'elles ont bien pu faire à Pétunia pour qu’elle soit si désappointée ?

 

 

1) petit lézard

Les 39 chapitres du TOME 2 de la série TI-COEUR ANGEL sont réalisés pour l’édition, l’audiovisuel et la production de films d’animations.

 

 

 

 

 

 
 
 
 
Comments