TOME 2- Chapitre 4 Le Dé d'Or

 "Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "
 
 
 
N°4
Le Dé d'Or
 
 
Ti-Cœur marcha rapidement dans le sentier forestier, où résonnaient les chants des oiseaux. De jolies parulines jaunes volaient dans l’air. L’une, brindille au bec allant construire son nid, d’autres se nourrissant d’insectes saisis sur des feuilles.  Lorsqu’un bruit le surpris, il se retourna. 
 
Soudain, il vit arriver, Valentin Lambrisque.
- Que fais-tu ici ?
- Je t’attendais Ti-Cœur.
 - Comment savais-tu que je passerai par la forêt ? Je pouvais prendre au moins trois itinéraires différents, s’étonna l'apprenti couturier.
- De cette butte, je distingue parfaitement l’allée donnant sur ton jardin. Regarde toi-même.
 
Ti-Cœur y monta et vit sa grand-mère cueillir des anthuriums prés de l’allée fleurie.
 
- Et j’ai vu la direction que tu as prise.
- Alors, tu m’espionnais ? Demanda t’il surprit.
- Pas du tout. J’avais hâte de savoir ce qui s’était passé hier chez le notaire. Alors, raconte-moi !
- D’accord, je t’expliquerai en cours de route, car si nous restons à discuter ici, nous arriverons en retard à l’atelier. Et madame Sinter nous sanctionnera.
- Je dois faire mon pensum ce soir, rappela Valentin qui était arrivé de dix minutes en retard, il y a trois jours de cela.
 
Les deux enfants partirent en direction de leur école, l’atelier de couture « Les Petites Mains ». Pendant le trajet, Ti-Cœur lui raconta avec moult détails la journée passée chez Maître Blaster, le notaire.
 
- C’est une fantastique chasse au trésor, qui nous attend Ti-Cœur ! S’écria Valentin, en franchissant le portail de son école.
 
Lorsqu’ils pénétrèrent dans la cour, Cannelle Cokar vint à leur rencontre.
- Bonjour Ti-cœur, que t’as dit le notaire ? Garderas-tu ton logement ? Demanda la jolie chabine inquiète.
- Ne t’en fait pas Cannelle, nous restons dans notre maisonnette. On a quelques mois de répit.
- C’est-à-dire ?
- Il participera à une chasse au trésor ! Ajouta joyeusement Valentin.
- Oui les amis, et il faudra qu’on en discute un peu plus. Et je vous propose de nous retrouver tous, derrière le cimetière, après les cours de cette journée. Nous mettrons au point notre stratégie si vous voulez vous associer à moi.
 - D’accord, et nous prendrons pour le retour le dernier bus, répondit Valentin.
- Le bus de l’hérisson ? Questionna Cannelle.
- Bien sûr ! On n’a pas le choix. Répliqua Ti-Cœur.
 
Le chauffeur Servais Hérisau, surnommé « le hérisson » en raison de sa coupe de cheveux irisés, coupés en brosse, prenait toujours la route la plus escarpée pour arriver dans leur quartier. En raison des nombreux dos d’âne, il avait fait installer de gros amortisseurs sous son car. Tous les passagers rebondissaient sur leurs fauteuils comme des kangourous.
 
Ti-Cœur leur montra sa sacoche et ajouta sous les regards stupéfaits de Cannelle et Valentin.
- J’ai l’enveloppe sur moi !
 
Il régnait une drôle d’ambiance, sous le préau, lorsque plusieurs camarades s’attroupèrent autour de Ti-Cœur et Guy Vallier.
 
- Il paraît que tu participes à la course à la fortune ! S’exclama Maxime Hérisau, coiffé comme son père.
- Je peux y entrer ? Proposa la plus jeune élève de l’école, Pétunia Brayas, les yeux brillants. Ses cheveux coiffés de multitudes tresses, suspendues au bout de chacune par des nœuds en forme de papillon. Ses parents Liliane et Pacome Brayas, tenaient une bijouterie dans le quartier le plus huppée de la ville de Saint Pierre.
 
Pétunia et Cannelle aimaient beaucoup travailler ensemble. Les jeunes filles ingénieuses découpaient habilement les tissus. Il leur arrivait de créer un modèle, et de le concevoir trois jours après.(...)
 
 Depuis qu’elle n’habitait plus chez sa tante Armande Cokar, (Voir le tome 1 Ti-cœur Angel et le Zombi du Carnaval), Cannelle pouvait maintenant en toute liberté s’adonner à sa passion : la couture. Elle vivait à Saint-Pierre, chez son oncle Dick Fellower, qu’elle appelait Papi Dick. (...)Les autorités compétentes, n’avaient fait aucune objection pour sa nouvelle demeure. C’est avec un grand bonheur qu’elle emménagea dans le foyer de cet oncle, un heureux retraité de la marine étrangère (…).
 
Dès le retentissement de la cloche (…) les enfants se dirigèrent vers leur patronne, Augustine Sinter qui apparut en haut des escaliers.
 
- Rangez-vous immédiatement « Les Petites Mains », en rang deux par deux ! Ordonna-t-elle.
Elle semblait de bonne humeur.
- Ce matin, Corentyne est venue m’annoncer une très bonne nouvelle. Et c'est le mois du roulement (...)
Tous les regards se tournèrent vers la jeune fille. La mine joyeuse, la jeune couturière tenait entre ses mains une lettre.
- Et on a une nouvelle commande !
- Youpi ! Crièrent les enfants.
- Chut ! Réclama la patronne.
 
Madame Sinter s’apprêtait à descendre les cinq marches de l’escalier pour faire l’habituelle revue des élèves, puis elle se ravisa lorsqu’elle sentie quelques gouttes de pluie annonçant l’arrivée d’une averse.
- Ah ! Notre journée sera prolixe, les enfants ! Rentrons rapidement, annonça t’elle joyeusement.
 
Une fois à l’intérieur de l’atelier, chaque enfant se rendit deux par deux devant les lavabos, pour se laver les mains.
 
- A vos trousseaux, tabliers et tablettes de travail ! Continua la patronne.
 
« Les Petites Mains » mirent leur tablier et prirent leur nécessaire de couture. Ensuite, silencieusement, ils circulèrent à travers les tables de travail enlevèrent la housse des machines à coudre. Certains découvraient leur nom, à leurs places habituelles, d’autre devant une nouvelle table de travail, portant leur nom. Quand des élèves souriaient à l’idée de retravailler avec les camarades qu’ils appréciaient, car ils œuvraient en binôme, en fonction des nouvelles commandes et des périodes, certains furent, tel Ti-Cœur, déçu de voir ses amis loin de lui, et de découvrir le nom de Guy Vallier à ses côtés.
Son principal adversaire dans la course au trésor, fit aussi grise mine en découvrant son nom.
 
- J’espère que tu as fait des cauchemars cette nuit, dit amèrement Guy.
- Oui, quand je t’ai vu dans mes rêves ! Répliqua sèchement Ti-Coeur.
 
Autour d'eux des enfants pouffèrent.
 
- Silence ! Ordonna Augustine Sinter. 
 Puis, elle ouvrit le plus petit tiroir de son immense bureau installé en haut de l’estrade, dominant les quinze tables de couture individuelle des « Petites Mains ».
 
- Je te pari ton dessert, qu’elle sortira sa peau de serpent, annonça doucement Guy.
- Non, ce sera la peau de crapaud, répondit Ti-Cœur.
 
 La patronne prit à l’intérieur, une monture rouge aux rayures noires, qui ressemblait à une peau de serpent qu’elle plaça sur son nez. (...)
- J’ai gagné ! Clama doucement Guy content.
- T’as pas de bol, j’ai pas apporter de dessert aujourd’hui ! Répondit Ti-Cœur.
Guy irrité, ne dit mot.
 
 Ensuite, elle sorti d’une boîte en fer blanc cassé son mètre en ruban et le mit autour de son cou. Il lui arrivait de faire monter à ses cotés deux ou trois élèves qu’elles estimaient être les meilleurs pour réaliser une commande très importante. (...)
 
 Les enfants se levèrent avant le discours de Madame Sinter.
 
 - Ce matin, annonça Madame Sinter, Corentyne Vallier est venue m’expliquer sa sélection au Dé d’Or !
 
 Tous les enfants applaudirent vigoureusement.
 
- C’est une fierté pour notre école Les Petites Mains  !
  
 
- Madame Sinter, quelles sont les conditions pour participer et gagner le Dé d’Or ? Demanda Ti-Coeur enthousiaste.
 
- Il y a de l’exigence dans les conditions d’y participer. Et Corentyne, c’est à toi de nous informer.
 
La jeune fille se dirigea timidement vers l’estrade. Puis, devant les applaudissements, elle se détendit, et souriante, commença la lecture des modalités de l’illustre concours.
 
- Voici la feuille de route du concours, qui se déroulera à Paris dans quelques semaines. Je vous dévoile les détails, que chaque élève sélectionné dans son atelier respectif, devra réaliser.
 
- En effet, affirma madame Sinter, le Dé d’Or est une compétition entre les ateliers prestigieux, et d’autres plus modestes, cependant renommé, comme celui des Petites Mains.
 
Ti-Cœur se souvint, effectivement que les places étaient dures à obtenir pour intégrer l’atelier de couture de madame Augustine Sinter. Il fallait le plus souvent patienter deux à trois ans, pour accéder, dans la petite section de l’atelier.
Les élèves plus jeunes, débutaient à dix ans, et les plus âgés à quinze ans. Les parents préinscrivaient leur progéniture dès neuf ans. Madame Sinter, procédait alors aux tests de présélection, pour repérer les plus doués.
La grande section, comprenait des élèves âgés entre quinze et dix huit ans. Passé leur majorité, les plus expérimentés travaillaient en autonomie. Soit en apprentissage dans une maison de couture, ou créaient leur propre école. C’était le cas de l’atelier du jeune et brillant, Thymothy Hongres (…) Ses petits camarades admiraient son travail.
 
- « Vous devrez réaliser le costume d’un couple, pour une soirée distrayante, expliqua Corentyne. Ces habits seront portés lors de notre commémoration des dix années du Dé d’Or. Ils doivent être originaux, d’une qualité exceptionnelle, et n’exister que dans un unique exemplaire. Vous avez donc tout intérêt, à mélanger les tissus en restant dans l’harmonie, l’élégance et le mystère….» (...)
 
- C’est génial !
- Fantastique ! S’écrièrent les enfants, radieux.
- J’ai peu dormi, car je pensais aux tissus que j’allais utiliser, continua la jeune élue, et je suis venue discuter très tôt ce matin avec madame Sinter. Elle m’a donné son accord pour utiliser les matières suivantes :
- du satin, et de la soie sauvage pour la robe de soirée, de l’organza que j’utiliserai pour le décolté ; j’ai pensé à un velours bleu roi pour le costume de l’homme. (…)  Je dois cependant participer à une chasse au trésor.
 
- Comment feras-tu pour t’organiser dans les deux épreuves ? Demanda Guy Vallier.
- Justement, Madame Sinter, je tiens à faire une annonce devant tous les élèves.
 - On vous écoute Corentyne.
- J’ai décidé de ne pas participer à la course au trésor.
 
- Oh ! Dirent les enfants, étonnés.
 
- J’ai apporté l’enveloppe que le notaire m’a remise. Des indices importants s’y trouvent. Et je dois donc désigner, selon la procédure, à quel garçon je les remettrai.
- Vous devez choisir entre Guy Vallier et Ti-Cœur Angel. Quel dilemme ! Remarqua la patronne de l’atelier, déjà au courant de l'affaire. (…)
 
Quelques instants après…
- A vos trousseaux, tabliers et tables de travail ! Lança madame Sinter.
 
Aujourd’hui, elle fit rapidement le tour des élèves et s’arrêta pour réprimander ceux qui ne respectaient pas les consignes concernant leur tenue de travail.
 
- Ignace Trézel, je vois que le dernier bouton de votre tablier pend sur un fil, il risque de se décrocher d’un instant à l’autre.
 
Elle se saisit d’une grosse paire de ciseaux dans la poche de sa blouse et coupa le fil. Ensuite, elle déposa le bouton sur la tablette de l’enfant.
 
Madame Sinter sortit son carnet vert, dans lequel elle notait les remarques et les punitions.
 
- Une heure de retenue pendant laquelle vous vérifierez et recoudrez les deux blouses de rechanges de vos camarades, annonça-t’elle !
- Agathe Berlinguer, n’avez vous rien remarqué en mettant votre tenue de travail ce matin ?
- Non, madame Sinter.
- Elle est froissée du coté droit. Dois-je vous rappeler le règlement de notre école ? Chaque élève possède deux blouses de rechange qui doivent être propres, pliées et donc repassées au préalable ! Une heure de retenue, avec une heure de repassage !
 
Madame Sinter continua de faire la revue des élèves à l’intérieur de l’atelier et elle récapitula.
 
- Les heures retenues de la journée sont :
- Prépare ton balai, murmura Guy en se moquant de Valentin.
- Celles de Valentin, Ignace et Agathe, continua la patronne.
- Valentin, votre pensum sera à effectuer dans la matinée, de 10 heures à 11 heures, ce matin.
- Oui madame, répondit le garçon, penaud.
 
La plupart du temps, Madame Augustine Sinter leur donnait à nettoyer les diverses pièces de l’ancienne plantation de distillerie. Elle dirigea son regard, derrière elle, vers une salle parallèle à son large bureau. Une table à repasser, et deux machines à coudre se trouvaient dans la pièce. Des bocaux remplis de boutons de toutes formes surmontaient, un muret en bois, où elle pourrait observer les enfants travailler.
 
A chaque fois que Ti-Cœur regardaient les bocaux, il pensait à ceux de l’épicier, disposés sur son comptoir, garnis de bonbons savoureux. (…)
 
 
 
 (...) Confidentialité dans la série Ti-Coeur ANGEL
 
 
 

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