TOME 2-Chapitre 2 Des précieux filons

 

" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE " 
 
 
 
N°2
Des précieux filons
 
 
 La secrétaire de maître Blaster, Yvette Perlet, fit entrer les familles dans une pièce spacieuse, meublée en style colonial.

Avant de franchir le seuil de la porte, Sophie Vallier hésita.

- La présence des trois enfants est elle nécessaire ?

- Oui, absolument madame Vallier, lui confirma Yvette Perlet. Ils ont été aussi convoqués. Il s’agit de Corentyne et Guy Vallier, ainsi que de Ti-Cœur Angel, ajouta-t-elle en consultant sa liste.

- Les enfants, venez vite ! Intervient Man Angel.

- Nous sommes là ! Répondit Corentyne en rangeant un sachet dans sa poche. Elle venait de distribuer des bonbons aux garçons.

La grande pièce dans laquelle ils pénétrèrent, dégageait une odeur âcre de cigare éteint. Un ventilateur tournoyait au plafond.

Maître Blaster salua chaque client, plaça sur son nez ses lunettes cerclées d’écaille aux verres épais, puis, s’assit dans son fauteuil capitonné, derrière un large bureau en bois de mahogany sculpté.

Derrière lui, on distinguait, des photos accrochées au mur, le montrant serrant la main du maire de Fort-de-France, René Philibert, et dans d’autres images, on le voyait entouré de personnalités locales.

Divers objets apparaissaient sur le pupitre : un agenda ouvert posé à côté d’une pile de chemises, un code civil et un bol en bronze qui reposait sur un trépied, intrigua Ti-Cœur.

Le notaire arrangea son nœud papillon et déclara :

- Vous avez été convoqués aujourd’hui, pour assister à l’ouverture du testament du défunt, monsieur Édouard Vallier.

- C’est uniquement pour cette raison ? Demanda Man, d’une voix tremblotante.

- Effectivement madame Angel, répondit l’officier ministériel.

Les Angel furent satisfaits de savoir que ce n’était pas pour leur reprendre immédiatement leur maisonnette.

L’huissier, Maurice Vallier et sa femme Claudine les regardèrent avec mépris. (...)

Le notaire décacheta une grande enveloppe, puis, lu à haute voix les dispositions testamentaires.

« Je soussigné Édouard Ernest Vallier, sain de corps et d’esprit, en total possession de mes facultés, reconnaît avoir rédigé ce testament. Je lègue tous mes biens à mes trois frères, Hector, Maurice et Christian Vallier.»

L’homme de loi poursuivi, par une longue description des concessions foncières, que le défunt concédait à ses héritiers. (...)

Quand il eut terminé, les Vallier se congratulèrent, et s’apprêtèrent à partir, lorsque le notaire ouvrit son sous-main en cuir pour s’emparer d’une serviette cachetée.

- Mesdames et messieurs, la première partie testamentaire vient de s’achever ; nous passons maintenant à la seconde partie. Veuillez reprendre place.

- Quoi ? Une seconde partie ? S’étonna Maurice Vallier.

- Que signifie cette mascarade ? Dit sa femme, fachée.

- Nous avons un codicille, annonça le notaire.

- Un codicille ? C’est quoi demanda Ti-Cœur.

- Pour que tout ceci soit limpide, je précise qu’un codicille est une modification apportée aux dispositions testamentaires que je viens de lire, affirma le notaire.

- Edouard sera toujours un éternel cachotier ! Ajouta Ludivine Clèves Vallier, en s’asseyant.

Le notaire ôta les scellés, étala le contenu de la serviette sur le sous-main du bureau, puis, poursuivit la lecture du testament.

« J’ai ajouté ce codicille, car je connais l’attachement de la famille Angel dans mes domaines. Man et Pa Angel ont su me servir avec dévouement.

J’ai aussi une pensée pour leur petit-fils Ti-Cœur, très curieux de nature, qui a toujours voulu s’instruire. Il se rendait parfois, en cachette, dans ma bibliothèque pour lire des ouvrages scientifiques, et de couture. J’ai aussi pu observer ses talents lorsqu’il ma fabriqué deux belles vestes et recousu plusieurs vêtements »

Ti-Cœur surprit de cette découverte baissa la tête en observant les regards désapprobateurs des Vallier.

« Afin de l’aider dans ses études de couture, je lui lègue dix ouvrages de ma bibliothèque, qu’il devra choisir »

- Non et puis quoi encore ! S’écria Guy.

- C’est injuste, poursuivit Sophie.

- Silence ! Trancha le notaire, qui continua.

« Mes frères comprendront mon geste, car ils possèdent déjà plusieurs ouvrages dans leurs bibliothèques, sans compter les nombreux livres que j’ai offerts à Guy". (...)

Ti-Cœur fut très ému de la confiance que maître Édouard Vallier lui avait accordée.

« Ainsi, comme je l’ai écris précédemment, les Angel et leur petit-fils Ti-Cœur, ont toujours été de remarquables serviteurs. D’ailleurs, leurs ancêtres ont servi à la plantation à l'époque de l'esclavage, de la colonisation et des guerres. Les Vallier ont donc une inestimable dette de reconnaissance envers eux. Les deux familles ont lutté dans les grandes batailles. C’est pour ces raisons que je lègue la moitié de mes biens à la famille Angel. »

- Quoi ! C’est inadmissible, s’écria Maurice Vallier en claquant son pied sur le parquet.

- De quel droit ! Ajouta Hector qui se leva d’un bond et se plaça devant Pa Angel. Sophie Vallier le souffle coupé, regarda avec haine les Angel.

Puis elle hurla.

- Moi vivante, jamais ils n’auront mes terres !

Son bébé pleura. Puis il s’arrêta subitement lorsque soudain, un bruit énorme résonna dans la pièce.

Les clients du notaire paniqués s'observaient.

 Ti-Cœur venait de comprendre que le bol en bronze formait un gong bol, dont le notaire se servait pour contrôler son auditoire. Celui ci frappait sur le disque du bol avec un bâton.

- S’il vous plait taisez-vous ! Asseyez-vous immédiatement, où j’ajourne la séance, ordonna l'homme de loi.

Les Vallier ne dirent mot. Le notaire poursuivit :

- « Un trésor composé d’une centaines de sacs de filons et de pépites d'or, est caché dans une de mes propriétés. »

- Oh ! S’écria l’assistance, ébahie.

- « Toute ma vie j’ai recherché ce magot. Étant l’aîné d’une famille de quatre enfants, c’est mon grand-père, Sébastien Vallier, qui, lorsque j’ai eu dix ans, m’a révélé ce secret que je vous raconte à présent. Seul un enfant parait t’il, pourrait retrouver les sacs précieux.

J’ai décidé de coucher sur mon testament trois enfants qui sont tout d’abord la douce, Corentyne Clèves Vallier.

Chère petite Corentyne. Tu as mon entière approbation dans cette quête. Je t’offre la moitié de mes biens que tu pourras, si tu le souhaites à ta majorité, partager avec ta famille. Et il en va de même pour Guy Vallier et Ti-Cœur Angel ont les mêmes droits. »

- Quoi ! Et nous ! S’écrièrent les Vallier.

- Pourquoi des enfants ?

(...)

Le notaire ne tient pas compte des protestations et continua imperturbablement la lecture, en élevant la voix.

- « Cependant, ils ont deux mois pour trouver ce trésor. C’est pour cela que je donne aux plus audacieux des enfants, la possibilité de s’enrichir. Voici un document qui a été transmit de génération en génération. L’original de ce parchemin, que le notaire va vous lire, se trouve dans un de mes coffres à Fort-de-France :

« En 1625, dans l’île de Saint-Christophe, située au nord de la caraïbe, et de la Martinique, les amérindiens et les caraïbes, vivaient paisiblement, jusqu’à l’arrivée de trois groupes hostiles composés de flibustiers.

En effet, il s’agissait des Huguenots 1), français dirigés par le légendaire flibustier Belain d’Esnambuc.

Un autre groupe de protestant, commandé par l’anglais Thomas Warner, ne voulait pas perdre ce riche territoire, en canne à sucre, en mélasse et en pétun.

Par contre, pour les Espagnols, et leurs galions venu d’Europe, ce territoire sans minerais, demeurait qu’une simple escale située, sur la route du nord de l’Amérique de sud, appelée Nouvelle Espagne. Ces communautés s’affrontèrent durement pour prendre possession de cette île. Ainsi, ils attaquèrent régulièrement les galions Espagnols chargés d’or ou d’argent, de retour du Mexique où de la Nouvelle Espagne.

Les deux commandants des communautés s’allièrent et massacrèrent les caraïbes dans leur sommeil, qui leur apparaissaient comme des obstacles à leur puissance de domination territoriale.

Cependant plusieurs caraïbes, commandés par un dénommé Ignace et son ami Gastrulal, avaient échappé au massacre. Ils se retrouvèrent sur une plage à l’abri de rochers, quand ils assistèrent au naufrage d’un galion. Ils récupérèrent des malles contenant le trésor. »

- Oui, je me souviens de cette histoire, intervient Christian Vallier le militaire. Au XVIIème siècle l’île a été fouillée de fond en comble par les anglais. Et les allemands ont cherché sans succès le trésor, pendant la seconde guerre mondiale.

- Ecoutez bien ! Continua le notaire.

« Les deux hommes se sont séparés. Gastrulal a prit sa part, et il est parti pour la Martinique. Voici la copie d’un journal de bord du capitaine Charles Lariboisière, qui en témoigne. »

L’assistance remarqua plusieurs objets que le notaire prit dans un coffret.

« Vous trouverez une carte dessinée sur un morceau de tissu datant du XVIIIème siècle. Je l’ai déjà découpée en trois parties. Bien entendu, chaque enfant aura une partie de cette carte ».

Le notaire donna trois rouleaux enrubannés du morceau de tissu.

Les enfants comprirent vîtes qu’ils devaient s’allier pour trouver le trésor. Ti-cœur et Guy s’observèrent. Puis ils grimacèrent.

- « Cependant, voici une clause très importante à respecter. Si à l’échéance du délai de deux mois, Ti-Cœur, ne découvre pas le trésor, sa famille devra quitter leur domaine. Et celui-ci restera la propriété exclusive de mes proches, à la condition sine qua none, qu’eux aussi, s’emparent de ce trésor ! »

- Oh ! S’en ait trop ! Hurlèrent, les Vallier en colère.

Les sons se propagèrent dans toute la pièce.

Le bébé pleura de nouveau. Sophie Vallier lui donna aussitôt un sucre d’orge qui eût l’effet de le calmer.

- A la prochaine protestation, j’arrête immédiatement la lecture testamentaire, et je n’hésiterai pas à vous l’adresser par courrier, pour vous tenir informé du contenu, explosa le notaire en frappant de nouveau le gong.

L’assistance se boucha les oreilles.

Quand le silence se fit, il s’éclaircit la gorge et reprit.

« En effet, si les Vallier, et les Angel ne trouvent pas le trésor, alors mes terres deviendront la propriété de la ville de Saint Pierre, à condition que, la terre soit exploitée, sinon, la ville elle aussi perdra toutes mes terrains qui retourneront à la nature. Ainsi ce termine mon testament».

L’assistance demeurait tétanisée.

Ensuite, Maitre Blaster, ouvrit un tiroir et déposa sur son bureau trois chemises rouges, nominatives, entourées d’un ruban scellé.

- Voici des documents avec des indices à l’intérieur, leur précisa-t-il. (...)

 

Les Vallier regardèrent les Angel agressivement. Sophie Vallier s’approcha de Ma Angel en lui disant :

- Vous n'êtes que des intrus sur ce domaine. Préparez vos paquetages dès maintenant. Jamais vous ne retrouverez ce trésor.

- L’avenir le dira. Répondit durement Ma Angel.

En sortant du cabinet, les enfants étaient contents.

- Youpi ! Cria Corentyne.

- Une chasse au trésor ! S’écria Ti-Cœur.

- Ne te réjouis pas trop vite. Je trouverai l’or bien avant toi Ti-Cœur, lui promit Guy.

- Tu crois cela ?

- Oui, il faut de la jugeote, et tu n’en a pas.

Guy claqua aussitôt la portière de la voiture.

Ti-Cœur s’approcha et cogna à la vitre.

- Guy, je crois que tu as oublié quelque chose chez le notaire.

Guy fouilla ses poches et baissa rapidement la vitre.

- C’est quoi, mon yoyo ?

- Non. C’est ton cerveau ! Lui répondit Ti-Cœur en éclatant de rire.

- Bon les garçons, cela suffit. Grommela Man Angel, en tirant Ti-Cœur par la main. Ils se dirigèrent vers la station de taxi-pays.

Désorientés, Pa Angel sortit du cabinet notarial submergé par l’émotion. Il s’épongea le front.

- On a deux mois pour trouver des sacs remplis d’or.

- Bon dié  3°) ! Mais pourquoi nous avoir fait un tel affront ? S’étonna Man Angel. (...)

 

1°) Huguenots  : Protestants français,  qui s’installèrent pour faire commerce et cultiver le pétun2).
 

2°)

Le tabac

3°)

Bon Dieu !

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