TOME 2-Chapitre 1 L’étrange testament

( Publication des 5 premiers chapitres ) 
 
TOME 2

Ti-Cœur ANGEL
et
Le Trésor des Flibustiers
 
" Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "



N°1
L' étrange testament

Des nappes de brouillard, intenses, s’accrochaient au sommet du volcan de la Montagne Pelée. Celui-ci dominait majestueusement, la ville de Saint-Pierre, en Martinique.

Les chants des coqs résonnaient autour de la maisonnette de Ti-Cœur Angel, le jeune mulâtre. Accoudé à la fenêtre de sa chambre, il observait tristement le paysage.

 

C’était le jour de l’ouverture du testament de maître Édouard Vallier, le propriétaire béké (1) des terres sur lesquelles habitaient ses grands parents.

L’apprenti couturier, paraissait préoccupé à l’idée d’être expulsé de cette agréable maisonnette, dans laquelle il vivait avec, Élise et Eugène Angel, depuis si longtemps.

Les habitants du quartier connaissaient la situation des Angel.

La veille, dans la cour de récréation, de l’atelier de couture « Les Petites Mains » ses amis, Cannelle Cokar et Valentin Lambrisque, l’encourageaient avec compassion.

 

- Ti-Cœur, quelques soient les dispositions du testament, je suis sûre que tu sauras affronter la situation, lui dit Cannelle, la jolie chabine aux longues tresses. Elle fronça ses sourcils, et ses yeux noisette renvoyaient de l’angoisse.

- Oui, on t’aidera, confirma son ami, Valentin, un jeune blond, aux yeux bleus clairs.

 

Puis, tout en pensant à ses parents, Ti-Cœur, repassa la dernière chemise noire qu’il venait de confectionner.

 

En effet, depuis le dernier carnaval, (2) il n’avait pas eu l’occasion de les voir souvent. Son père Simon Angel, très affecté, ne pouvait plus pêcher en haute mer, car les terribles maléfices du zombi, l’avait profondément meurtri.

Sa mère Julia, encore sous le choc, se trouvait en convalescence, dans une maison de repos, située dans la ville du Lamentin. Ti-Cœur se réjouissait de la revoir aujourd’hui.

Allait t’elle le reconnaître ?

Son père suivait de près la santé de sa femme. Il avait reprit son ancienne activité dans le domaine du bâtiment, et travaillait sur un chantier de la capitale. Ainsi, il confia Ti-Cœur à ses grands-parents, Pa et Man Angel, ravis de le recueillir de nouveau.

Celui-ci, les entendait discuter dans la salle à manger.

 

- La lettre de l’huissier, Maurice Vallier, nous a ordonné de quitter le domaine dans deux semaines. Qu’allons-nous devenir ? Demanda Élise en survolant le courrier.

- Il est vrai, que nous avons toujours vécu dans notre petite maison, renchérit Eugène.

- Et nous avons assistés à tant évènements importants. Rappelle-toi, de notre mariage, la naissance de notre fils, Simon, le baptême de Ti-Cœur, et nous n’avons pas d’autre lieu pour vivre.

- Ne t’en fais pas ma doudou, dit le grand-père en la prenant dans ses bras.

- Pourquoi le notaire, Maître Blaster, nous a-t-il convoqués, pour assister à l’ouverture du testament de Maître Vallier, alors que nous ne faisons pas parti de la famille ?

- Gardons espoir. Nous allons bientôt le savoir, dit laconiquement Pa Angel, en prenant la lettre, pour la placer dans une chemise cartonnée.

Ti-Cœur voulait les réconforter, mais il ressentait trop de tristesse pour cela.

 

Une heure plus tard, Man Angel, vêtue de sa robe en madras, assortie à son foulard bien noué en forme de couvre-chef, rassembla tout son petit monde. Pa Angel, rasé de près, les cheveux gominés, en costume cravate, lui donna le bras pour quitter, peut-être pour la dernière fois, leur demeure.

- Ti-Cœur dépêche toi, on t’attend, cria Man.

- J’arrive !

 

Ti-Cœur, ferma la porte d’entrée, et rejoignit ses grands-parents. On dirait qu’ils se rendent à un enterrement, pensa t-il en les voyant tous les deux, avec leur mine affligée.

C’est bras-dessus, bras-dessous qu’ils marchèrent, angoissés, dans l’allée fleurie, pour se rendre à la convocation du notaire.

 

L’apprenti couturier, les rejoignit. Au dernier moment, il avait changé ses vêtements. Il avait décidé de lutter quoi qu’il arrive. .

Il portait une chemise aux couleurs vives, ornée de petits boutons jaunes, et un pantalon blanc. Une casquette bariolée, s’accordait à son ensemble.

 

Arrivée à l’arrêt de bus, Man Angel, serra son sac contre sa poitrine et s’exclama.

- Aie! Aie! Aie ! Mon dieu !

Les Angel, stupéfaits, regardaient, le taxi pays qu’ils devaient prendre pour se rendre à Fort-de-France. Il portait bien son nom ce bus, « Aussitôt parti, aussitôt arrivé », avec ses décors rutilants couvrant la carrosserie. Il vrombissait.

Son chauffeur, Francis Landier, leur fit son plus beau sourire, laissant apparaître un dentier neuf, encollé de quelques dents en or.

- Comment allez-vous Madame et Monsieur Angel ? Je suis content de vous accompagner dans la capitale. Eh ! Cela va bien mon bonhomme ? Demanda-t-il à Ti-Cœur, renfrogné.

Pa répondit vaguement et consulta sa montre.

- On n’aura pas le temps de trouver un autre taxi pays, dit-il tout bas à sa femme anxieuse. Nous risquerions de manquer l’ouverture testamentaire.

 

Monsieur Landier roulait habituellement trop vite. Les multiples contraventions, qu’il récoltait, ne lui faisaient toujours pas lever le pied.

C’est avec une certaine appréhension que les Angel rentrèrent à l’arrière de l’habitacle. Ti-Cœur s’installa entre ses grands-parents.

Le taxi démarra à une vitesse qui colla les passagers au fond de leur siège. La musique de la radio poussée à fond, reprenait le dernier hit parade des îles voisines.

 

- Il finira en prison, murmura Eugène.

- Où un pied dans la tombe, répondit Man crispée.

- Avec nous en prime ! Ajouta Ti-Cœur énervé.

 

Le paysage défilait à vive allure. Ti-Cœur reconnu la chanson du Carnaval,(3) réalisée par les musiciens de son quartier.(...)

Au bout de quelques minutes, le taxi s’arrêta brusquement dans un virage derrière une file de voiture en stationnement. Les intempéries de la veille avaient endommagés la chaussée. Des hommes de l’équipement routier leur indiquaient une déviation.

- Nous allons faire un détour et passer par la route de la Trace, annonça Landier, en appuyant sur l’accélérateur.

Élise fit un signe de croix, tandis que Pa Angel sortit son chapelet.

Ils allaient passer par la fameuse route dangereuse de la Trace. Ti-Cœur frissonna, en pensant aux histoires que Pa Angel racontait pendant ses veillées du vendredi soir. (4)

 

Le taxi fit un détour et traversa une route sinueuse, remplit de crevasses, où les passagers se trouvaient secoués, à chaque virage, comme dans un shaker.

Les couches de brouillard donnaient à ce décor un aspect cauchemardesque. Pendant le trajet, Ma Angel, les dents serrés, s’accrochait à la poignée au dessus de sa portière, usée par les mains des clients habituels.

(…)

Une heure plus tard, le taxi s’arrêta devant la façade du luxueux cabinet du notaire, Maître Antoine Blaster.

Les Angel, se dépêchèrent de quitter ce tombeau ouvert.

 

- A toute à l'heure, hein ! Cria Francis Landier.

Man Angel, soulagée d'être sortie idem du taxi infernal ne répondit mot. Elle prit fermement la main de son petit-fils, et marcha rapidement, tandis que Pa Angel, satisfait d'avoir échappé au pire, s'épongea le front en les suivant lentement.

La famille longea un couloir étroit et entra, dans la salle d’attente bondée. Ils reconnurent certains membres de la famille Vallier.

Ils passèrent devant l'huissier Maurice Vallier (...) et le deuxième frère du défunt, Hector Vallier. Sa jeune épouse Sophie, propriétaires fonciers de Saint-Pierre. La femme tenait un enfant dans ses bras.

 

- Ce n’est pas trop tôt, reprocha-t-elle. Vous avez vingt minutes de retard !

A côté d'eux, leur fils Guy, d’une dizaine d’années, jouait avec un yoyo. Il suivait lui aussi, les cours à l’atelier "Les Petites Mains", de Madame Sinter.

Soudain, Ti-Cœur s’écroula.

- Tu n’es pas blessé ? Demanda Man Angel en se retournant.

- Il m’a fait tomber ! Dit Ti-Cœur en se relevant.

- Ce n’est pas vrai ! T’as trébuché tout seul, affirma Guy.

- Tu m’as fait un croc-en jambe !

- Menteur !

- Tu te crois drôle avec ton yoyo pour les cinq ans ? Dit Ti-Cœur énervé.

- Mais c’est toi le clown, avec ta casquette ridicule, ricana Guy, qui lui demanda,

- Tu n’as pas pris ton nounours ?

- Et toi, où est passé ta sucette ? Répliqua aussitôt Ti-Cœur.

- Arrêtez de vous chamailler les enfants ! Intervient Pa Angel.

 

Hector Vallier se leva et toisa Eugène, qu’il n’aimait guère.

- Vous arrivez en retard et vous commencez à faire des histoires ?

- Missié, ou ni en problème ?(5) Demanda Pa Angel en créole.

- Votre petit-fils a commencé à embêter le mien.

- C’est Guy qui a commencé, dénonça Corentyne Vallier, fille de Ludivine Clèves Vallier, belle sœur du défunt. Sa mère possédait la mercerie de la ville. Elle était l’épouse du jeune Christian Vallier, habillé dans une tenue d’officier rutilante. Il partait souvent en mission, dans les îles caribéennes, et revenait, chargé de petits cadeaux.

 

- Merci Corentyne, répondit Ti-Cœur.

La conversation fut interrompue, lorsque la porte latérale du cabinet s’ouvrit, Yvette Perlet, la secrétaire de maître Blaster, fit entrer les familles.

-        Mesdames et messieurs, veuillez présenter vos convocations et cartes d’identités à l’appel de votre nom, puis vous dirigez dans la salle d’en face.

La séance de lecture de l'étrange testament, allait commencer (…)


 
1) "Homme blanc originaire des Antilles"
2)  (Voir le Tome 1, Ti-Cœur Angel et le Zombi du Carnaval Antillais),
3)Tome 1, la chanson N°3 sera publiée bientôt.
4)Tome 1, la veillée N°1 de Pa Angel intitulée :
Raoul le petit cordonnier, et les 17 brigands de la route de la Trace
5) Monsieur, vous avez un problème ?

 (...) Confidentialité des informations concernant la série Ti-Coeur ANGEL.

Consultez le calendrier  pour savoir les dates de  parution  des chapitres, des veillées de Pa Angel, et des différentes rubriques de la série Ti-Cœur ANGEL.

A vos blocs notes !

 
 
 
 

<script type="text/javascript">
var gaJsHost = (("https:" == document.location.protocol) ? "
https://ssl." : "http://www.");
document.write(unescape("%3Cscript src='" + gaJsHost + "google-analytics.com/ga.js' type='text/javascript'%3E%3C/script%3E"));
</script>
<script type="text/javascript">
try {
var pageTracker = _gat._getTracker("UA-7201316-1");
pageTracker._trackPageview();
} catch(err) {}</script>